---------------------------

François-Xavier Harbec, conseiller en emploi

Site en construction, nouveautés en 2015! Développement de carrière Québec, Canada

Offres d'emplois / Amélioration du français au bureau / À propos

Des profs du collège de Maisonneuve se censurent
21 février 2018 écrit par Le Devoir

Un malaise « très profond » s’empare de la profession d’enseignant : des professeurs pratiquent l’autocensure pour éviter de heurter les croyances religieuses ou culturelles de leurs étudiants. Ils passent sous silence des oeuvres traitant de sexualité, de nudité ou de maladie mentale par crainte de déclencher une controverse explosive.

 

Ce constat troublant fait partie d’un rapport sur le « vivre-ensemble » au collège de Maisonneuve, rendu public vendredi. Ce cégep de l’est de Montréal a été un lieu de radicalisation d’étudiants qui se sont rendus faire le djihad en Syrie depuis trois ans.

 

Les tensions religieuses se sont calmées dans l’établissement de 7000 étudiants, qui a pris une série de mesures pour faire revenir la paix entre ses murs. Un projet-pilote sur le vivre-ensemble, qui vient de s’achever, a cependant mis en lumière un réel malaise chez les enseignants du collège.

 

« Le principal problème réside dans le fait que plusieurs enseignants déclarent avoir adopté au fil du temps (surtout depuis une dizaine d’années) une forme d’autocensure et avoir évité de la sorte d’être indisposés par des affrontements d’ordre culturel ou religieux. Par exemple, des contenus particuliers peuvent être survolés, des oeuvres significatives non abordées, des remarques humoristiques mises au rancart, etc. », indique le bilan du projet-pilote sur le vivre-ensemble.

 

« On ne peut s’empêcher de remarquer ici que, dans la plupart des cas, ces modifications sont effectuées par anticipation, et pas nécessairement à la suite d’un incident de nature interculturelle. L’expression “j’achète la paix” est, à cet égard, symptomatique. Si la menace n’est pas toujours réelle, le malaise, quant à lui, est très profond et rappelle à certains enseignants des périodes où la censure et la mise à l’index avaient pignon sur rue. L’enjeu est loin d’être dérisoire », poursuit le document.

 

La diversité culturelle et religieuse est en partie à l’origine du malaise. Environ la moitié des étudiants du collège de Maisonneuve sont des immigrants de première ou deuxième génération. Les étudiants ou leurs parents sont nés à l’étranger.

 

Le rapport note que les jeunes sont à l’aise avec la diversité. C’est la réalité de Montréal : ils ont grandi en côtoyant des amis de toutes les origines. Ce sont les relations avec des adultes (notamment les professeurs) qui donnent lieu à des tensions, explique le document de 98 pages.

 

Une forme de bien-pensance qui gagne les campus du Canada suscite aussi la méfiance des professeurs. Le Devoir rappelait cette semaine le chemin de croix d’une chargée de cours de l’université ontarienne Wilfrid-Laurier qui a eu le malheur de projeter en classe une émission d’affaires publiques mettant en vedette Jordan Peterson, professeur et auteur très controversé. Elle a été sermonnée par trois supérieurs qui l’avaient convoquée. Elle a finalement eu droit à des excuses, après avoir été crucifiée sur la place publique.

 

Rectitude politique

 

Guy Gibeau, directeur des études au collège (et l’un des trois auteurs du rapport), avoue avoir été surpris par l’autocensure des enseignants. « C’est quelque chose qu’on n’avait pas vu. Il va falloir qu’on y réfléchisse. Les professeurs disent : “Ça ne me tente pas de lancer des débats interminables. J’achète la paix à l’avance” », explique-t-il.

 

« On encourage les professeurs à ne pas se censurer, ajoute-t-il. On vient de se rendre compte du problème. On va certainement en parler et essayer de trouver des solutions. »

 

Le danger est d’aseptiser l’enseignement, d’omettre des oeuvres qui dérangent, de sombrer dans la rectitude politique. « Si le patrimoine intellectuel occidental existe pour soutenir l’école québécoise dans la formation des prochaines générations, générations dont on souhaite l’épanouissement de la pensée critique, il serait inopportun de sélectionner les références-clés de façon à acheter la paix », indique le rapport.

 

Le collège de Maisonneuve a mis au jour le phénomène de l’autocensure tout simplement parce qu’il a pris la peine de consulter toute la communauté de l’établissement, soutient Guy Gibeau. Il est convaincu que les leçons du projet-pilote sur le vivre-ensemble peuvent s’appliquer à tous les cégeps et universités. « Les gens ont parlé parce qu’on leur a posé des questions en toute candeur. »

 

La place de l’islam

 

Contrairement à la croyance populaire, le hidjab donne lieu à peu de tensions au collège de Maisonneuve. Des professeurs d’éducation physique disent craindre que le port du hidjab entraîne des blessures, pour la jeune femme ou pour la classe. Des professeurs ont craint que le hidjab puisse cacher des écouteurs durant un examen. Les profs peuvent faire toutes les vérifications nécessaires, indique le rapport.

 

Des restrictions alimentaires — pas de porc ou d’alcool — ont causé des tensions au département de diététique. « Cela dit, il convient de le préciser, ces défis d’accommodement ne sont pas nécessairement plus nombreux ou plus aigus que ceux générés par des allergies alimentaires ou des convictions végétariennes », indique le rapport.

 

Malgré le peu d’incidents récents, « de nombreux enseignants issus de divers départements considèrent que l’islam est beaucoup trop visible au collège », précise le rapport. Il est vrai que des tensions sont survenues au cours des dernières années : le collège a rompu ses liens avec le prédicateur Adil Charkaoui. La transformation d’une cage d’escalier en un lieu de prière a soulevé la controverse. Des tensions sont survenues à la bibliothèque.

 

Le projet-pilote de 400 000 $ sur le vivre-ensemble, financé par Québec, a permis d’embaucher trois travailleurs de corridor (le contrat d’un de ces travailleurs a été prolongé) et un psychothérapeute en relation interculturelle, dans le but de soutenir les étudiants qui éprouvent des difficultés de nature identitaire. Le collège a organisé une série d’événements pour aider les gens de différentes cultures à se rapprocher et pour inciter les professeurs et étudiants à prendre la parole. La ministre Hélène David a annoncé vendredi un financement supplémentaire de 300 000 $ pour aider les autres cégeps et universités à s’inspirer des recommandations du collège de Maisonneuve sur le vivre-ensemble.

Des profs du collège de Maisonneuve se censurent
20 février 2018 écrit par Le Devoir

Un malaise « très profond » s’empare de la profession d’enseignant : des professeurs pratiquent l’autocensure pour éviter de heurter les croyances religieuses ou culturelles de leurs étudiants. Ils passent sous silence des oeuvres traitant de sexualité, de nudité ou de maladie mentale par crainte de déclencher une controverse explosive.

 

Ce constat troublant fait partie d’un rapport sur le « vivre-ensemble » au collège de Maisonneuve, rendu public vendredi. Ce cégep de l’est de Montréal a été un lieu de radicalisation d’étudiants qui se sont rendus faire le djihad en Syrie depuis trois ans.

 

Les tensions religieuses se sont calmées dans l’établissement de 7000 étudiants, qui a pris une série de mesures pour faire revenir la paix entre ses murs. Un projet-pilote sur le vivre-ensemble, qui vient de s’achever, a cependant mis en lumière un réel malaise chez les enseignants du collège.

 

« Le principal problème réside dans le fait que plusieurs enseignants déclarent avoir adopté au fil du temps (surtout depuis une dizaine d’années) une forme d’autocensure et avoir évité de la sorte d’être indisposés par des affrontements d’ordre culturel ou religieux. Par exemple, des contenus particuliers peuvent être survolés, des oeuvres significatives non abordées, des remarques humoristiques mises au rancart, etc. », indique le bilan du projet-pilote sur le vivre-ensemble.

 

« On ne peut s’empêcher de remarquer ici que, dans la plupart des cas, ces modifications sont effectuées par anticipation, et pas nécessairement à la suite d’un incident de nature interculturelle. L’expression “j’achète la paix” est, à cet égard, symptomatique. Si la menace n’est pas toujours réelle, le malaise, quant à lui, est très profond et rappelle à certains enseignants des périodes où la censure et la mise à l’index avaient pignon sur rue. L’enjeu est loin d’être dérisoire », poursuit le document.

 

La diversité culturelle et religieuse est en partie à l’origine du malaise. Environ la moitié des étudiants du collège de Maisonneuve sont des immigrants de première ou deuxième génération. Les étudiants ou leurs parents sont nés à l’étranger.

 

Le rapport note que les jeunes sont à l’aise avec la diversité. C’est la réalité de Montréal : ils ont grandi en côtoyant des amis de toutes les origines. Ce sont les relations avec des adultes (notamment les professeurs) qui donnent lieu à des tensions, explique le document de 98 pages.

 

Une forme de bien-pensance qui gagne les campus du Canada suscite aussi la méfiance des professeurs. Le Devoir rappelait cette semaine le chemin de croix d’une chargée de cours de l’université ontarienne Wilfrid-Laurier qui a eu le malheur de projeter en classe une émission d’affaires publiques mettant en vedette Jordan Peterson, professeur et auteur très controversé. Elle a été sermonnée par trois supérieurs qui l’avaient convoquée. Elle a finalement eu droit à des excuses, après avoir été crucifiée sur la place publique.

 

Rectitude politique

 

Guy Gibeau, directeur des études au collège (et l’un des trois auteurs du rapport), avoue avoir été surpris par l’autocensure des enseignants. « C’est quelque chose qu’on n’avait pas vu. Il va falloir qu’on y réfléchisse. Les professeurs disent : “Ça ne me tente pas de lancer des débats interminables. J’achète la paix à l’avance” », explique-t-il.

 

« On encourage les professeurs à ne pas se censurer, ajoute-t-il. On vient de se rendre compte du problème. On va certainement en parler et essayer de trouver des solutions. »

 

Le danger est d’aseptiser l’enseignement, d’omettre des oeuvres qui dérangent, de sombrer dans la rectitude politique. « Si le patrimoine intellectuel occidental existe pour soutenir l’école québécoise dans la formation des prochaines générations, générations dont on souhaite l’épanouissement de la pensée critique, il serait inopportun de sélectionner les références-clés de façon à acheter la paix », indique le rapport.

 

Le collège de Maisonneuve a mis au jour le phénomène de l’autocensure tout simplement parce qu’il a pris la peine de consulter toute la communauté de l’établissement, soutient Guy Gibeau. Il est convaincu que les leçons du projet-pilote sur le vivre-ensemble peuvent s’appliquer à tous les cégeps et universités. « Les gens ont parlé parce qu’on leur a posé des questions en toute candeur. »

 

La place de l’islam

 

Contrairement à la croyance populaire, le hidjab donne lieu à peu de tensions au collège de Maisonneuve. Des professeurs d’éducation physique disent craindre que le port du hidjab entraîne des blessures, pour la jeune femme ou pour la classe. Des professeurs ont craint que le hidjab puisse cacher des écouteurs durant un examen. Les profs peuvent faire toutes les vérifications nécessaires, indique le rapport.

 

Des restrictions alimentaires — pas de porc ou d’alcool — ont causé des tensions au département de diététique. « Cela dit, il convient de le préciser, ces défis d’accommodement ne sont pas nécessairement plus nombreux ou plus aigus que ceux générés par des allergies alimentaires ou des convictions végétariennes », indique le rapport.

 

Malgré le peu d’incidents récents, « de nombreux enseignants issus de divers départements considèrent que l’islam est beaucoup trop visible au collège », précise le rapport. Il est vrai que des tensions sont survenues au cours des dernières années : le collège a rompu ses liens avec le prédicateur Adil Charkaoui. La transformation d’une cage d’escalier en un lieu de prière a soulevé la controverse. Des tensions sont survenues à la bibliothèque.

 

Le projet-pilote de 400 000 $ sur le vivre-ensemble, financé par Québec, a permis d’embaucher trois travailleurs de corridor (le contrat d’un de ces travailleurs a été prolongé) et un psychothérapeute en relation interculturelle, dans le but de soutenir les étudiants qui éprouvent des difficultés de nature identitaire. Le collège a organisé une série d’événements pour aider les gens de différentes cultures à se rapprocher et pour inciter les professeurs et étudiants à prendre la parole. La ministre Hélène David a annoncé vendredi un financement supplémentaire de 300 000 $ pour aider les autres cégeps et universités à s’inspirer des recommandations du collège de Maisonneuve sur le vivre-ensemble.

Des profs du collège de Maisonneuve se censurent
19 février 2018 écrit par Le Devoir

Un malaise « très profond » s’empare de la profession d’enseignant : des professeurs pratiquent l’autocensure pour éviter de heurter les croyances religieuses ou culturelles de leurs étudiants. Ils passent sous silence des oeuvres traitant de sexualité, de nudité ou de maladie mentale par crainte de déclencher une controverse explosive.

 

Ce constat troublant fait partie d’un rapport sur le « vivre-ensemble » au collège de Maisonneuve, rendu public vendredi. Ce cégep de l’est de Montréal a été un lieu de radicalisation d’étudiants qui se sont rendus faire le djihad en Syrie depuis trois ans.

 

Les tensions religieuses se sont calmées dans l’établissement de 7000 étudiants, qui a pris une série de mesures pour faire revenir la paix entre ses murs. Un projet-pilote sur le vivre-ensemble, qui vient de s’achever, a cependant mis en lumière un réel malaise chez les enseignants du collège.

 

« Le principal problème réside dans le fait que plusieurs enseignants déclarent avoir adopté au fil du temps (surtout depuis une dizaine d’années) une forme d’autocensure et avoir évité de la sorte d’être indisposés par des affrontements d’ordre culturel ou religieux. Par exemple, des contenus particuliers peuvent être survolés, des oeuvres significatives non abordées, des remarques humoristiques mises au rancart, etc. », indique le bilan du projet-pilote sur le vivre-ensemble.

 

« On ne peut s’empêcher de remarquer ici que, dans la plupart des cas, ces modifications sont effectuées par anticipation, et pas nécessairement à la suite d’un incident de nature interculturelle. L’expression “j’achète la paix” est, à cet égard, symptomatique. Si la menace n’est pas toujours réelle, le malaise, quant à lui, est très profond et rappelle à certains enseignants des périodes où la censure et la mise à l’index avaient pignon sur rue. L’enjeu est loin d’être dérisoire », poursuit le document.

 

La diversité culturelle et religieuse est en partie à l’origine du malaise. Environ la moitié des étudiants du collège de Maisonneuve sont des immigrants de première ou deuxième génération. Les étudiants ou leurs parents sont nés à l’étranger.

 

Le rapport note que les jeunes sont à l’aise avec la diversité. C’est la réalité de Montréal : ils ont grandi en côtoyant des amis de toutes les origines. Ce sont les relations avec des adultes (notamment les professeurs) qui donnent lieu à des tensions, explique le document de 98 pages.

 

Une forme de bien-pensance qui gagne les campus du Canada suscite aussi la méfiance des professeurs. Le Devoir rappelait cette semaine le chemin de croix d’une chargée de cours de l’université ontarienne Wilfrid-Laurier qui a eu le malheur de projeter en classe une émission d’affaires publiques mettant en vedette Jordan Peterson, professeur et auteur très controversé. Elle a été sermonnée par trois supérieurs qui l’avaient convoquée. Elle a finalement eu droit à des excuses, après avoir été crucifiée sur la place publique.

 

Rectitude politique

 

Guy Gibeau, directeur des études au collège (et l’un des trois auteurs du rapport), avoue avoir été surpris par l’autocensure des enseignants. « C’est quelque chose qu’on n’avait pas vu. Il va falloir qu’on y réfléchisse. Les professeurs disent : “Ça ne me tente pas de lancer des débats interminables. J’achète la paix à l’avance” », explique-t-il.

 

« On encourage les professeurs à ne pas se censurer, ajoute-t-il. On vient de se rendre compte du problème. On va certainement en parler et essayer de trouver des solutions. »

 

Le danger est d’aseptiser l’enseignement, d’omettre des oeuvres qui dérangent, de sombrer dans la rectitude politique. « Si le patrimoine intellectuel occidental existe pour soutenir l’école québécoise dans la formation des prochaines générations, générations dont on souhaite l’épanouissement de la pensée critique, il serait inopportun de sélectionner les références-clés de façon à acheter la paix », indique le rapport.

 

Le collège de Maisonneuve a mis au jour le phénomène de l’autocensure tout simplement parce qu’il a pris la peine de consulter toute la communauté de l’établissement, soutient Guy Gibeau. Il est convaincu que les leçons du projet-pilote sur le vivre-ensemble peuvent s’appliquer à tous les cégeps et universités. « Les gens ont parlé parce qu’on leur a posé des questions en toute candeur. »

 

La place de l’islam

 

Contrairement à la croyance populaire, le hidjab donne lieu à peu de tensions au collège de Maisonneuve. Des professeurs d’éducation physique disent craindre que le port du hidjab entraîne des blessures, pour la jeune femme ou pour la classe. Des professeurs ont craint que le hidjab puisse cacher des écouteurs durant un examen. Les profs peuvent faire toutes les vérifications nécessaires, indique le rapport.

 

Des restrictions alimentaires — pas de porc ou d’alcool — ont causé des tensions au département de diététique. « Cela dit, il convient de le préciser, ces défis d’accommodement ne sont pas nécessairement plus nombreux ou plus aigus que ceux générés par des allergies alimentaires ou des convictions végétariennes », indique le rapport.

 

Malgré le peu d’incidents récents, « de nombreux enseignants issus de divers départements considèrent que l’islam est beaucoup trop visible au collège », précise le rapport. Il est vrai que des tensions sont survenues au cours des dernières années : le collège a rompu ses liens avec le prédicateur Adil Charkaoui. La transformation d’une cage d’escalier en un lieu de prière a soulevé la controverse. Des tensions sont survenues à la bibliothèque.

 

Le projet-pilote de 400 000 $ sur le vivre-ensemble, financé par Québec, a permis d’embaucher trois travailleurs de corridor (le contrat d’un de ces travailleurs a été prolongé) et un psychothérapeute en relation interculturelle, dans le but de soutenir les étudiants qui éprouvent des difficultés de nature identitaire. Le collège a organisé une série d’événements pour aider les gens de différentes cultures à se rapprocher et pour inciter les professeurs et étudiants à prendre la parole. La ministre Hélène David a annoncé vendredi un financement supplémentaire de 300 000 $ pour aider les autres cégeps et universités à s’inspirer des recommandations du collège de Maisonneuve sur le vivre-ensemble.

Des profs du collège de Maisonneuve se censurent
18 février 2018 écrit par Le Devoir

Un malaise « très profond » s’empare de la profession d’enseignant : des professeurs pratiquent l’autocensure pour éviter de heurter les croyances religieuses ou culturelles de leurs étudiants. Ils passent sous silence des oeuvres traitant de sexualité, de nudité ou de maladie mentale par crainte de déclencher une controverse explosive.

 

Ce constat troublant fait partie d’un rapport sur le « vivre-ensemble » au collège de Maisonneuve, rendu public vendredi. Ce cégep de l’est de Montréal a été un lieu de radicalisation d’étudiants qui se sont rendus faire le djihad en Syrie depuis trois ans.

 

Les tensions religieuses se sont calmées dans l’établissement de 7000 étudiants, qui a pris une série de mesures pour faire revenir la paix entre ses murs. Un projet-pilote sur le vivre-ensemble, qui vient de s’achever, a cependant mis en lumière un réel malaise chez les enseignants du collège.

 

« Le principal problème réside dans le fait que plusieurs enseignants déclarent avoir adopté au fil du temps (surtout depuis une dizaine d’années) une forme d’autocensure et avoir évité de la sorte d’être indisposés par des affrontements d’ordre culturel ou religieux. Par exemple, des contenus particuliers peuvent être survolés, des oeuvres significatives non abordées, des remarques humoristiques mises au rancart, etc. », indique le bilan du projet-pilote sur le vivre-ensemble.

 

« On ne peut s’empêcher de remarquer ici que, dans la plupart des cas, ces modifications sont effectuées par anticipation, et pas nécessairement à la suite d’un incident de nature interculturelle. L’expression “j’achète la paix” est, à cet égard, symptomatique. Si la menace n’est pas toujours réelle, le malaise, quant à lui, est très profond et rappelle à certains enseignants des périodes où la censure et la mise à l’index avaient pignon sur rue. L’enjeu est loin d’être dérisoire », poursuit le document.

 

La diversité culturelle et religieuse est en partie à l’origine du malaise. Environ la moitié des étudiants du collège de Maisonneuve sont des immigrants de première ou deuxième génération. Les étudiants ou leurs parents sont nés à l’étranger.

 

Le rapport note que les jeunes sont à l’aise avec la diversité. C’est la réalité de Montréal : ils ont grandi en côtoyant des amis de toutes les origines. Ce sont les relations avec des adultes (notamment les professeurs) qui donnent lieu à des tensions, explique le document de 98 pages.

 

Une forme de bien-pensance qui gagne les campus du Canada suscite aussi la méfiance des professeurs. Le Devoir rappelait cette semaine le chemin de croix d’une chargée de cours de l’université ontarienne Wilfrid-Laurier qui a eu le malheur de projeter en classe une émission d’affaires publiques mettant en vedette Jordan Peterson, professeur et auteur très controversé. Elle a été sermonnée par trois supérieurs qui l’avaient convoquée. Elle a finalement eu droit à des excuses, après avoir été crucifiée sur la place publique.

 

Rectitude politique

 

Guy Gibeau, directeur des études au collège (et l’un des trois auteurs du rapport), avoue avoir été surpris par l’autocensure des enseignants. « C’est quelque chose qu’on n’avait pas vu. Il va falloir qu’on y réfléchisse. Les professeurs disent : “Ça ne me tente pas de lancer des débats interminables. J’achète la paix à l’avance” », explique-t-il.

 

« On encourage les professeurs à ne pas se censurer, ajoute-t-il. On vient de se rendre compte du problème. On va certainement en parler et essayer de trouver des solutions. »

 

Le danger est d’aseptiser l’enseignement, d’omettre des oeuvres qui dérangent, de sombrer dans la rectitude politique. « Si le patrimoine intellectuel occidental existe pour soutenir l’école québécoise dans la formation des prochaines générations, générations dont on souhaite l’épanouissement de la pensée critique, il serait inopportun de sélectionner les références-clés de façon à acheter la paix », indique le rapport.

 

Le collège de Maisonneuve a mis au jour le phénomène de l’autocensure tout simplement parce qu’il a pris la peine de consulter toute la communauté de l’établissement, soutient Guy Gibeau. Il est convaincu que les leçons du projet-pilote sur le vivre-ensemble peuvent s’appliquer à tous les cégeps et universités. « Les gens ont parlé parce qu’on leur a posé des questions en toute candeur. »

 

La place de l’islam

 

Contrairement à la croyance populaire, le hidjab donne lieu à peu de tensions au collège de Maisonneuve. Des professeurs d’éducation physique disent craindre que le port du hidjab entraîne des blessures, pour la jeune femme ou pour la classe. Des professeurs ont craint que le hidjab puisse cacher des écouteurs durant un examen. Les profs peuvent faire toutes les vérifications nécessaires, indique le rapport.

 

Des restrictions alimentaires — pas de porc ou d’alcool — ont causé des tensions au département de diététique. « Cela dit, il convient de le préciser, ces défis d’accommodement ne sont pas nécessairement plus nombreux ou plus aigus que ceux générés par des allergies alimentaires ou des convictions végétariennes », indique le rapport.

 

Malgré le peu d’incidents récents, « de nombreux enseignants issus de divers départements considèrent que l’islam est beaucoup trop visible au collège », précise le rapport. Il est vrai que des tensions sont survenues au cours des dernières années : le collège a rompu ses liens avec le prédicateur Adil Charkaoui. La transformation d’une cage d’escalier en un lieu de prière a soulevé la controverse. Des tensions sont survenues à la bibliothèque.

 

Le projet-pilote de 400 000 $ sur le vivre-ensemble, financé par Québec, a permis d’embaucher trois travailleurs de corridor (le contrat d’un de ces travailleurs a été prolongé) et un psychothérapeute en relation interculturelle, dans le but de soutenir les étudiants qui éprouvent des difficultés de nature identitaire. Le collège a organisé une série d’événements pour aider les gens de différentes cultures à se rapprocher et pour inciter les professeurs et étudiants à prendre la parole. La ministre Hélène David a annoncé vendredi un financement supplémentaire de 300 000 $ pour aider les autres cégeps et universités à s’inspirer des recommandations du collège de Maisonneuve sur le vivre-ensemble.

Des profs du collège de Maisonneuve se censurent
17 février 2018 écrit par Le Devoir

Un malaise « très profond » s’empare de la profession d’enseignant : des professeurs pratiquent l’autocensure pour éviter de heurter les croyances religieuses ou culturelles de leurs étudiants. Ils passent sous silence des oeuvres traitant de sexualité, de nudité ou de maladie mentale par crainte de déclencher une controverse explosive.

 

Ce constat troublant fait partie d’un rapport sur le « vivre-ensemble » au collège de Maisonneuve, rendu public vendredi. Ce cégep de l’est de Montréal a été un lieu de radicalisation d’étudiants qui se sont rendus faire le djihad en Syrie depuis trois ans.

 

Les tensions religieuses se sont calmées dans l’établissement de 7000 étudiants, qui a pris une série de mesures pour faire revenir la paix entre ses murs. Un projet-pilote sur le vivre-ensemble, qui vient de s’achever, a cependant mis en lumière un réel malaise chez les enseignants du collège.

 

« Le principal problème réside dans le fait que plusieurs enseignants déclarent avoir adopté au fil du temps (surtout depuis une dizaine d’années) une forme d’autocensure et avoir évité de la sorte d’être indisposés par des affrontements d’ordre culturel ou religieux. Par exemple, des contenus particuliers peuvent être survolés, des oeuvres significatives non abordées, des remarques humoristiques mises au rancart, etc. », indique le bilan du projet-pilote sur le vivre-ensemble.

 

« On ne peut s’empêcher de remarquer ici que, dans la plupart des cas, ces modifications sont effectuées par anticipation, et pas nécessairement à la suite d’un incident de nature interculturelle. L’expression “j’achète la paix” est, à cet égard, symptomatique. Si la menace n’est pas toujours réelle, le malaise, quant à lui, est très profond et rappelle à certains enseignants des périodes où la censure et la mise à l’index avaient pignon sur rue. L’enjeu est loin d’être dérisoire », poursuit le document.

 

La diversité culturelle et religieuse est en partie à l’origine du malaise. Environ la moitié des étudiants du collège de Maisonneuve sont des immigrants de première ou deuxième génération. Les étudiants ou leurs parents sont nés à l’étranger.

 

Le rapport note que les jeunes sont à l’aise avec la diversité. C’est la réalité de Montréal : ils ont grandi en côtoyant des amis de toutes les origines. Ce sont les relations avec des adultes (notamment les professeurs) qui donnent lieu à des tensions, explique le document de 98 pages.

 

Une forme de bien-pensance qui gagne les campus du Canada suscite aussi la méfiance des professeurs. Le Devoir rappelait cette semaine le chemin de croix d’une chargée de cours de l’université ontarienne Wilfrid-Laurier qui a eu le malheur de projeter en classe une émission d’affaires publiques mettant en vedette Jordan Peterson, professeur et auteur très controversé. Elle a été sermonnée par trois supérieurs qui l’avaient convoquée. Elle a finalement eu droit à des excuses, après avoir été crucifiée sur la place publique.

 

Rectitude politique

 

Guy Gibeau, directeur des études au collège (et l’un des trois auteurs du rapport), avoue avoir été surpris par l’autocensure des enseignants. « C’est quelque chose qu’on n’avait pas vu. Il va falloir qu’on y réfléchisse. Les professeurs disent : “Ça ne me tente pas de lancer des débats interminables. J’achète la paix à l’avance” », explique-t-il.

 

« On encourage les professeurs à ne pas se censurer, ajoute-t-il. On vient de se rendre compte du problème. On va certainement en parler et essayer de trouver des solutions. »

 

Le danger est d’aseptiser l’enseignement, d’omettre des oeuvres qui dérangent, de sombrer dans la rectitude politique. « Si le patrimoine intellectuel occidental existe pour soutenir l’école québécoise dans la formation des prochaines générations, générations dont on souhaite l’épanouissement de la pensée critique, il serait inopportun de sélectionner les références-clés de façon à acheter la paix », indique le rapport.

 

Le collège de Maisonneuve a mis au jour le phénomène de l’autocensure tout simplement parce qu’il a pris la peine de consulter toute la communauté de l’établissement, soutient Guy Gibeau. Il est convaincu que les leçons du projet-pilote sur le vivre-ensemble peuvent s’appliquer à tous les cégeps et universités. « Les gens ont parlé parce qu’on leur a posé des questions en toute candeur. »

 

La place de l’islam

 

Contrairement à la croyance populaire, le hidjab donne lieu à peu de tensions au collège de Maisonneuve. Des professeurs d’éducation physique disent craindre que le port du hidjab entraîne des blessures, pour la jeune femme ou pour la classe. Des professeurs ont craint que le hidjab puisse cacher des écouteurs durant un examen. Les profs peuvent faire toutes les vérifications nécessaires, indique le rapport.

 

Des restrictions alimentaires — pas de porc ou d’alcool — ont causé des tensions au département de diététique. « Cela dit, il convient de le préciser, ces défis d’accommodement ne sont pas nécessairement plus nombreux ou plus aigus que ceux générés par des allergies alimentaires ou des convictions végétariennes », indique le rapport.

 

Malgré le peu d’incidents récents, « de nombreux enseignants issus de divers départements considèrent que l’islam est beaucoup trop visible au collège », précise le rapport. Il est vrai que des tensions sont survenues au cours des dernières années : le collège a rompu ses liens avec le prédicateur Adil Charkaoui. La transformation d’une cage d’escalier en un lieu de prière a soulevé la controverse. Des tensions sont survenues à la bibliothèque.

 

Le projet-pilote de 400 000 $ sur le vivre-ensemble, financé par Québec, a permis d’embaucher trois travailleurs de corridor (le contrat d’un de ces travailleurs a été prolongé) et un psychothérapeute en relation interculturelle, dans le but de soutenir les étudiants qui éprouvent des difficultés de nature identitaire. Le collège a organisé une série d’événements pour aider les gens de différentes cultures à se rapprocher et pour inciter les professeurs et étudiants à prendre la parole. La ministre Hélène David a annoncé vendredi un financement supplémentaire de 300 000 $ pour aider les autres cégeps et universités à s’inspirer des recommandations du collège de Maisonneuve sur le vivre-ensemble.

Des «notes formidables» même pour les élèves qui échouent
16 février 2018 écrit par Le Devoir

Avant de partir en congé de maladie, en novembre dernier, Chrystelle Charpin avait entré toutes les notes de ses élèves dans le système informatique. L’enseignante a subi un choc en constatant à son retour en classe qu’une série de notes figurant au bulletin de la première étape avaient été modifiées à son insu.

 

Plus préoccupant encore, tous ses élèves obtenaient désormais la note de passage — même les quatre enfants qui avaient échoué en mathématiques et les cinq qui avaient échoué en lecture.

 

« Pendant mon absence, toute ma classe a réussi avec des notes formidables, même les élèves qui avaient de grandes difficultés à lire ou à compter ! » s’étonne Chrystelle Charpin, enseignante de première année à l’école primaire Lucille-Teasdale, dans le quartier Côte-des-Neiges à Montréal.

 

Le ministre de l’Éducation, Sébastien Proulx, s’est fait reprocher jeudi par les partis d’opposition à l’Assemblée nationale de fermer les yeux sur les « notes gonflées » dans l’espoir de stimuler artificiellement la réussite des élèves. Ironie du sort, le ministère de l’Éducation révélait au même moment que le taux de diplomation vient d’augmenter de 4,3 points de pourcentage, à 76 %, parce que plus d’élèves terminent leurs études secondaires.

 

Chrystelle Charpin, en tout cas, dit être ébranlée par la manipulation des notes de ses élèves à son insu. Selon cette enseignante de 25 ans d’expérience, la direction de l’école a fait reprendre les examens de mathématiques et de lecture durant son congé de maladie, car près d’une demi-douzaine d’enfants avaient échoué.

La direction craint les parents qui chialent quand leurs enfants n’ont pas la note de passage

  

Gonfler la réussite

 

L’Alliance des professeures et des professeurs de Montréal a déposé un grief pour contester la modification des notes à l’insu de l’enseignante. Le syndicat soutient que la direction de l’école a contrevenu à la Loi sur l’instruction publique et au contrat de travail de l’enseignante en gonflant l’évaluation des élèves.

 

« Pour nous, ça reste tolérance zéro par rapport au traficotage de notes, dit Catherine Renaud, présidente de l’Alliance. C’est à la direction de s’assurer qu’aucune note n’est modifiée sur des bulletins ou sur des travaux d’élèves. »

 

Le syndicat remarque que le phénomène des « notes gonflées » continue de sévir dans les écoles malgré une directive du ministre Proulx contre cette pratique qui semble courante dans le réseau scolaire.

 

Le ministre avait ordonné en mai 2017 aux commissions scolaires de « mettre en oeuvre tous les moyens nécessaires » pour faire respecter l’intégrité de l’évaluation des apprentissages. « Les modifications de notes dans le but d’atteindre des cibles de réussite ne sont pas tolérées », indiquait la directive du ministre.

 

Au moment d’écrire ces lignes, la Commission scolaire de Montréal (CSDM) n’avait pas donné suite à nos demandes d’explications.

 

Responsabilité partagée

 

Au cabinet du ministre Proulx, on souligne que l’évaluation est une « responsabilité partagée ». Sans se prononcer sur le cas de l’enseignante Chrystelle Charpin, on fait valoir que « tous les acteurs du réseau de l’éducation doivent travailler en collaboration, selon leurs champs de responsabilités respectifs ». La directive ministérielle diffusée en mai 2017 soulignait aussi que les écoles elles-mêmes ont un rôle à jouer en matière d’évaluation.

 

« J’ai émis une directive disant qu’il fallait respecter l’autonomie des enseignants, mais qu’il fallait aussi respecter la politique d’évaluation qui est votée dans chacune des écoles », a dit le ministre aux journalistes jeudi matin à Québec.

 

La Coalition avenir Québec (CAQ) reproche au gouvernement de gonfler lui-même les notes aux examens ministériels. 5312 élèves qui avaient obtenu 58 % ou 59 % aux examens du ministère, en juin dernier, ont obtenu la note de passage de 60 %, selon des chiffres obtenus par la CAQ.

 

Ce ne sont pas des « notes gonflées », mais un simple « traitement statistique » visant à corriger d’éventuelles erreurs de mesure qui pénaliseraient des élèves de façon injuste, a fait valoir jeudi le ministre Proulx.

Des parents d’enfants autistes au bord de la crise de nerfs
15 février 2018 écrit par Le Devoir

Un froid mordant régnait sur le centre-ville de Montréal. Samuel Kuhn s’est présenté mardi matin devant le bureau de la ministre Lucie Charlebois, avenue Union, avec une affiche montrant une photo de sa fille Charlotte, 7 ans. Il avait aussi apporté un chapeau pour recueillir des dons.

 

« Je vais revenir ici tous les jours jusqu’à ce que j’aie assez d’argent pour payer un orthophoniste pour ma fille autiste. Le système public promet des services qu’il n’offre pas », dit ce père de jumelles diagnostiquées autistes.

 

Comme bien des parents, Samuel Kuhn se démène pour offrir des services à ses enfants autistes. Il est à bout de souffle. Sa voix tremble, à cause du froid et à cause du calvaire qu’il vit depuis plus de cinq ans pour aider sa fille à apprendre à parler.

 

Le système public prévoit des services d’orthophonie ou d’ergothérapie pour les enfants autistes de 0 à 6 ans, mais Charlotte Kuhn n’en a jamais reçu. Elle était sur une liste d’attente. Révolté, Samuel Kuhn a amassé 5000 $ sur le site de sociofinancement GoFundMe pour acheter trois mois de services d’une orthophoniste et d’une ergothérapeute au privé.

 

« Ma fille a fait des progrès fulgurants. Elle peut monter un escalier. Elle peut peler une orange. Elle apprend à s’exprimer. Mais je n’ai plus d’argent pour payer des services privés. Et maintenant qu’elle a fêté ses 7 ans, Charlotte a été retirée de la liste d’attente du système public », raconte Samuel Kuhn.

 

À 7 ans, c’est le système scolaire qui s’occupe des enfants autistes. Charlotte fréquente l’école spécialisée Le Sommet. Samuel Kuhn soutient que sa fille a besoin d’un orthophoniste et d’un ergothérapeute. « Elle a un potentiel fantastique. Si on lui donne la chance de se développer, Charlotte peut un jour trouver un remède contre le cancer. Mais pour ça, il faut lui donner des services individuels, pas des sessions de groupe avec un seul éducateur pour tous les élèves », insiste Samuel Kuhn.

 

Liste d’attente

 

Ce père de famille n’est pas le seul à attendre avec angoisse des services pour ses enfants autistes. Des centaines d’enfants poireautent sur une liste d’attente malgré le plan d’action de 29 millions de dollars sur cinq ans annoncé au printemps 2017 par la ministre Lucie Charlebois, rappelle Kathleen Salvail, cofondatrice de la Coalition autisme Québec.

 

« La ministre nous a menti en pleine face l’année dernière. Elle avait dit qu’on serait agréablement surpris par son plan. En réalité, on a été affreusement surpris », dit cette mère de deux enfants autistes.

 

« Quand on reçoit le service, on est vraiment heureux. Le problème, c’est qu’il n’y a pas assez d’offre pour répondre à la demande. Mon fils a enfin de l’aide, mais ma fille n’a eu aucun service depuis deux ans : il n’y a pas de budget », dit-elle.

 

Kathleen Salvail a dû aller au privé pour obtenir un diagnostic pour ses enfants — obligatoire pour avoir des services spécialisés. Son garçon de 4 ans, Devran, a droit à 20 heures de thérapie intensive par semaine. Les matins de semaine entre 8 h et midi, il se rend au Centre de réadaptation en déficience intellectuelle, ou les spécialistes du Centre viennent chez lui.

 

Ce qu’il apprend ? À parler. À se laver les mains. À toucher les aliments. À les goûter, aussi. Devran ne mange que quatre aliments. Des barres tendres (une seule saveur), des craquelins Goldfish, des frites et des croquettes de chez McDonald’s. Rien d’autre.

 

« Les parents nous appellent parce qu’ils sont épuisés. Plusieurs font des dépressions. Il y a des séparations. On vit de l’anxiété. Le plus difficile, c’est qu’on voit tout le potentiel de nos enfants et le peu de services offerts », dit Kathleen Salvail.

 

La ministre déléguée à la Réadaptation, à la Protection de la jeunesse, à la Santé publique et aux Saines habitudes de vie dit compatir avec les parents. Le Plan d’action du gouvernement n’a pas un an, il faut laisser le temps aux politiques de se mettre en marche, indique-t-on au cabinet de la ministre Charlebois. Elle fera un bilan de la première année du Plan, le mois prochain.

Le plan sur cinq ans prévoit notamment :

de diminuer de 45 % la liste d’attente pour le programme d’intervention comportementale intensive (ICI) et de services en réadaptation pour les enfants de moins de 5 ans ;

 

et d’éliminer la liste d’attente et d’inscrire 700 nouvelles familles aux services de répit, de dépannage et de gardiennage.

Des parents d’enfants autistes au bord de la crise de nerfs
14 février 2018 écrit par Le Devoir

Un froid mordant régnait sur le centre-ville de Montréal. Samuel Kuhn s’est présenté mardi matin devant le bureau de la ministre Lucie Charlebois, avenue Union, avec une affiche montrant une photo de sa fille Charlotte, 7 ans. Il avait aussi apporté un chapeau pour recueillir des dons.

 

« Je vais revenir ici tous les jours jusqu’à ce que j’aie assez d’argent pour payer un orthophoniste pour ma fille autiste. Le système public promet des services qu’il n’offre pas », dit ce père de jumelles diagnostiquées autistes.

 

Comme bien des parents, Samuel Kuhn se démène pour offrir des services à ses enfants autistes. Il est à bout de souffle. Sa voix tremble, à cause du froid et à cause du calvaire qu’il vit depuis plus de cinq ans pour aider sa fille à apprendre à parler.

 

Le système public prévoit des services d’orthophonie ou d’ergothérapie pour les enfants autistes de 0 à 6 ans, mais Charlotte Kuhn n’en a jamais reçu. Elle était sur une liste d’attente. Révolté, Samuel Kuhn a amassé 5000 $ sur le site de sociofinancement GoFundMe pour acheter trois mois de services d’une orthophoniste et d’une ergothérapeute au privé.

 

« Ma fille a fait des progrès fulgurants. Elle peut monter un escalier. Elle peut peler une orange. Elle apprend à s’exprimer. Mais je n’ai plus d’argent pour payer des services privés. Et maintenant qu’elle a fêté ses 7 ans, Charlotte a été retirée de la liste d’attente du système public », raconte Samuel Kuhn.

 

À 7 ans, c’est le système scolaire qui s’occupe des enfants autistes. Charlotte fréquente l’école spécialisée Le Sommet. Samuel Kuhn soutient que sa fille a besoin d’un orthophoniste et d’un ergothérapeute. « Elle a un potentiel fantastique. Si on lui donne la chance de se développer, Charlotte peut un jour trouver un remède contre le cancer. Mais pour ça, il faut lui donner des services individuels, pas des sessions de groupe avec un seul éducateur pour tous les élèves », insiste Samuel Kuhn.

 

Liste d’attente

 

Ce père de famille n’est pas le seul à attendre avec angoisse des services pour ses enfants autistes. Des centaines d’enfants poireautent sur une liste d’attente malgré le plan d’action de 29 millions de dollars sur cinq ans annoncé au printemps 2017 par la ministre Lucie Charlebois, rappelle Kathleen Salvail, cofondatrice de la Coalition autisme Québec.

 

« La ministre nous a menti en pleine face l’année dernière. Elle avait dit qu’on serait agréablement surpris par son plan. En réalité, on a été affreusement surpris », dit cette mère de deux enfants autistes.

 

« Quand on reçoit le service, on est vraiment heureux. Le problème, c’est qu’il n’y a pas assez d’offre pour répondre à la demande. Mon fils a enfin de l’aide, mais ma fille n’a eu aucun service depuis deux ans : il n’y a pas de budget », dit-elle.

 

Kathleen Salvail a dû aller au privé pour obtenir un diagnostic pour ses enfants — obligatoire pour avoir des services spécialisés. Son garçon de 4 ans, Devran, a droit à 20 heures de thérapie intensive par semaine. Les matins de semaine entre 8 h et midi, il se rend au Centre de réadaptation en déficience intellectuelle, ou les spécialistes du Centre viennent chez lui.

 

Ce qu’il apprend ? À parler. À se laver les mains. À toucher les aliments. À les goûter, aussi. Devran ne mange que quatre aliments. Des barres tendres (une seule saveur), des craquelins Goldfish, des frites et des croquettes de chez McDonald’s. Rien d’autre.

 

« Les parents nous appellent parce qu’ils sont épuisés. Plusieurs font des dépressions. Il y a des séparations. On vit de l’anxiété. Le plus difficile, c’est qu’on voit tout le potentiel de nos enfants et le peu de services offerts », dit Kathleen Salvail.

 

La ministre déléguée à la Réadaptation, à la Protection de la jeunesse, à la Santé publique et aux Saines habitudes de vie dit compatir avec les parents. Le Plan d’action du gouvernement n’a pas un an, il faut laisser le temps aux politiques de se mettre en marche, indique-t-on au cabinet de la ministre Charlebois. Elle fera un bilan de la première année du Plan, le mois prochain.

Le plan sur cinq ans prévoit notamment :

de diminuer de 45 % la liste d’attente pour le programme d’intervention comportementale intensive (ICI) et de services en réadaptation pour les enfants de moins de 5 ans ;

 

et d’éliminer la liste d’attente et d’inscrire 700 nouvelles familles aux services de répit, de dépannage et de gardiennage.

Un sondage dresse le portrait du décrochage scolaire
13 février 2018 écrit par Le Devoir

Le Devoir vous souhaite la bienvenue sur son tout nouveau site
Web, conçu afin de rendre votre expérience de lecture et de navigation plus conviviale. 
Notre virage numérique se poursuit avec la refonte de cette plateforme, pensée pour mieux
vous informer.

Bonne visite !

Maternelle 4 ans: la FAE dénonce un deux poids, deux mesures
12 février 2018 écrit par Le Devoir


Ce texte fait partie d’un cahier spécial.


À la Fédération autonome de l’enseignement (FAE), depuis de nombreuses années, on tente d’interpeller les dirigeants politiques sur les problèmes qu’engendrent les deux régimes distincts qui gouvernent les maternelles 4 ans temps complet et demi-temps.

Ces jours-ci à la FAE, on est encore plongé dans une analyse fine de la nouvelle stratégie relative aux services éducatifs offerts aux enfants de 0 à 8 ans, intitulée Tout pour nos enfants. C’est la raison pour laquelle on réserve son jugement pour plus tard. Mais, Nathalie Morel, vice-présidente à la vie professionnelle, déplore qu’à la FAE, on n’ait appris les modalités de cette nouvelle stratégie que quelques heures avant son lancement. Elle salue toutefois la poursuite du déploiement des maternelles 4 ans dans les milieux défavorisés, les TPMD, tout en s’attristant qu’une fois de plus, il ne soit pas question des maternelles à 4 ans demi-temps. « On a des profs et des enfants qui subissent actuellement des doubles standards, et c’est inacceptable », déplore-t-elle.

 

Un peu d’histoire

 

Le problème ne date pas d’hier et il faut remonter aux années 1980 pour assister à la naissance de classes préscolaires à mi-temps pour les 4 ans. Elles étaient à l’époque offertes aux enfants handicapés ou provenant de milieux défavorisés. Et pourquoi avait-on privilégié du mi-temps ? Simplement pour permettre à deux fois plus d’enfants d’en profiter. Il faudra attendre septembre 2014 pour accueillir les premiers enfants des maternelles TPMD.

 

« À l’époque, les écoles [offrant la maternelle 4 ans demi-temps] sont ciblées selon des territoires donnés », précise Nathalie Morel. En profiteront donc les écoles qui accueillent la clientèle la plus défavorisée sur des territoires qui sont déterminés par l’indice des milieux socio-économiques et répertoriés sur des cartes. Chaque école possède une cote de 1 à 10 où 10 représente les plus démunies.

 

En 1997, alors ministre de l’Éducation, Pauline Marois, met en place les fameuses garderies à 5 $ pour les enfants de cinq ans et moins et, en même temps, elle impose un moratoire qui stoppe le financement de nouvelles classes de maternelles 4 ans à demi-temps. « Le moratoire est encore en vigueur, dans le sens où toutes les classes ouvertes en 1997-1998 et qui sont maintenues sont les seules à pouvoir encore profiter d’un financement », explique la vice-présidente. Aujourd’hui, on compte sur le territoire de la FAE — l’île de Montréal et quelques secteurs de la Rive-Nord — une centaine de groupes à mi-temps, soit une cinquantaine d’enseignants. Et dans ces groupes, les manières de faire ne ressemblent aucunement à celles des maternelles TPMD.

 

D’irritantes disparités

 

Même si tout ça est très technique, démêler l’ensemble du dossier est primordial pour la FAE. Par exemple, quand on compare les critères d’inscription, les deux régimes diffèrent : pour les maternelles TPMD, on ne considère pas les écoles en milieu défavorisé, mais bien l’indice de peuplement soit, le fameux code postal. « Pour s’inscrire, il faut que l’enfant habite dans une zone avec un indice de peuplement défavorisé, même s’il provient d’une famille qui ne l’est pas nécessairement », précise Nathalie Morel.

 

Les paramètres entourant les conditions d’apprentissage des enfants autant que les conditions d’exercice des professeurs varient eux aussi. « Pour les demi-temps, les règles ne prévoient que l’enseignant et pas de ressource supplémentaire comme dans les classes à temps plein. » De plus, seuls les enfants du temps plein bénéficient des budgets offerts pour les activités avec les parents. Du côté du régime pédagogique, c’est la même chose : « les profs demi-temps rédigent un bulletin unique alors que, pour le temps plein, il n’y a pas d’évaluation des apprentissages », proteste la vice-présidente.

 

Au fond, ce que suggère la FAE, c’est « qu’on s’assoie et qu’on regarde l’ensemble pour tenter d’uniformiser et de maximiser les deux services pour que tout le monde y trouve son compte, mais sans pertes de services », rappelle Nathalie Morel.

 

Avec le déploiement des maternelles 4 ans à temps plein, les professeurs et les élèves des mi-temps ont été oubliés. « On y croit, aux 4 ans en milieu défavorisé, que ce soit à mi-temps ou à temps plein, c’est de l’intervention précoce qui donne un petit coup de pouce aux enfants. »

 

Sur le terrain

 

Hayat Chatar enseigne depuis cinq ans à l’école Enfant-Soleil, une des écoles les plus pauvres de la Commission scolaire Marguerite-Bourgeois située dans l’ouest de l’île de Montréal. Cette enseignante est à même de comparer les deux régimes, puisqu’elle a d’abord enseigné dans une maternelle TPMD, puis dans une classe mi-temps et, depuis l’an passé, elle est revenue dans une maternelle temps plein.

 

« Je me suis retrouvée avec deux groupes d’enfants, 16 le matin et 16 l’après-midi. C’est très épuisant parce que le temps d’enseignement n’est pas le même », raconte l’enseignante. En effet, comme le groupe d’après-midi profite d’une pause détente, il est difficile de répéter les mêmes activités avec les deux groupes. Ce sont deux planifications différentes.

 

Le but des maternelles 4 ans est de stimuler l’enfant et de le préparer à faire son entrée en maternelle ordinaire. Une demi-année scolaire est-elle suffisante pour y arriver ? « On essaie de leur donner tous les outils pour qu’ils soient préparés. On vit une frustration quand ce n’est pas acquis et on vit un épuisement quand on veut faire plus. L’équité n’est pas là, ils n’ont pas les mêmes chances », déplore la professeure.

 

Pour Hayat Chatar, ce qu’il y a de primordial, c’est le lien. D’abord celui entre elle et les enfants, mais aussi celui que ceux-ci créent entre eux : « Les groupes mi-temps sont en présence de nombreux intervenants dans une journée ; l’enseignante, la ressource complémentaire, le service du dîner et le service de garde. Il y a beaucoup de transition et c’est très déstabilisant pour un enfant de quatre ans », explique-t-elle. Si le modèle n’est pas idéal, l’enseignante affirme qu’il « vaut mieux avoir des mi-temps que rien du tout ».

Maternelle 4 ans: la FAE dénonce un deux poids, deux mesures
11 février 2018 écrit par Le Devoir


Ce texte fait partie d’un cahier spécial.


À la Fédération autonome de l’enseignement (FAE), depuis de nombreuses années, on tente d’interpeller les dirigeants politiques sur les problèmes qu’engendrent les deux régimes distincts qui gouvernent les maternelles 4 ans temps complet et demi-temps.

Ces jours-ci à la FAE, on est encore plongé dans une analyse fine de la nouvelle stratégie relative aux services éducatifs offerts aux enfants de 0 à 8 ans, intitulée Tout pour nos enfants. C’est la raison pour laquelle on réserve son jugement pour plus tard. Mais, Nathalie Morel, vice-présidente à la vie professionnelle, déplore qu’à la FAE, on n’ait appris les modalités de cette nouvelle stratégie que quelques heures avant son lancement. Elle salue toutefois la poursuite du déploiement des maternelles 4 ans dans les milieux défavorisés, les TPMD, tout en s’attristant qu’une fois de plus, il ne soit pas question des maternelles à 4 ans demi-temps. « On a des profs et des enfants qui subissent actuellement des doubles standards, et c’est inacceptable », déplore-t-elle.

 

Un peu d’histoire

 

Le problème ne date pas d’hier et il faut remonter aux années 1980 pour assister à la naissance de classes préscolaires à mi-temps pour les 4 ans. Elles étaient à l’époque offertes aux enfants handicapés ou provenant de milieux défavorisés. Et pourquoi avait-on privilégié du mi-temps ? Simplement pour permettre à deux fois plus d’enfants d’en profiter. Il faudra attendre septembre 2014 pour accueillir les premiers enfants des maternelles TPMD.

 

« À l’époque, les écoles [offrant la maternelle 4 ans demi-temps] sont ciblées selon des territoires donnés », précise Nathalie Morel. En profiteront donc les écoles qui accueillent la clientèle la plus défavorisée sur des territoires qui sont déterminés par l’indice des milieux socio-économiques et répertoriés sur des cartes. Chaque école possède une cote de 1 à 10 où 10 représente les plus démunies.

 

En 1997, alors ministre de l’Éducation, Pauline Marois, met en place les fameuses garderies à 5 $ pour les enfants de cinq ans et moins et, en même temps, elle impose un moratoire qui stoppe le financement de nouvelles classes de maternelles 4 ans à demi-temps. « Le moratoire est encore en vigueur, dans le sens où toutes les classes ouvertes en 1997-1998 et qui sont maintenues sont les seules à pouvoir encore profiter d’un financement », explique la vice-présidente. Aujourd’hui, on compte sur le territoire de la FAE — l’île de Montréal et quelques secteurs de la Rive-Nord — une centaine de groupes à mi-temps, soit une cinquantaine d’enseignants. Et dans ces groupes, les manières de faire ne ressemblent aucunement à celles des maternelles TPMD.

 

D’irritantes disparités

 

Même si tout ça est très technique, démêler l’ensemble du dossier est primordial pour la FAE. Par exemple, quand on compare les critères d’inscription, les deux régimes diffèrent : pour les maternelles TPMD, on ne considère pas les écoles en milieu défavorisé, mais bien l’indice de peuplement soit, le fameux code postal. « Pour s’inscrire, il faut que l’enfant habite dans une zone avec un indice de peuplement défavorisé, même s’il provient d’une famille qui ne l’est pas nécessairement », précise Nathalie Morel.

 

Les paramètres entourant les conditions d’apprentissage des enfants autant que les conditions d’exercice des professeurs varient eux aussi. « Pour les demi-temps, les règles ne prévoient que l’enseignant et pas de ressource supplémentaire comme dans les classes à temps plein. » De plus, seuls les enfants du temps plein bénéficient des budgets offerts pour les activités avec les parents. Du côté du régime pédagogique, c’est la même chose : « les profs demi-temps rédigent un bulletin unique alors que, pour le temps plein, il n’y a pas d’évaluation des apprentissages », proteste la vice-présidente.

 

Au fond, ce que suggère la FAE, c’est « qu’on s’assoie et qu’on regarde l’ensemble pour tenter d’uniformiser et de maximiser les deux services pour que tout le monde y trouve son compte, mais sans pertes de services », rappelle Nathalie Morel.

 

Avec le déploiement des maternelles 4 ans à temps plein, les professeurs et les élèves des mi-temps ont été oubliés. « On y croit, aux 4 ans en milieu défavorisé, que ce soit à mi-temps ou à temps plein, c’est de l’intervention précoce qui donne un petit coup de pouce aux enfants. »

 

Sur le terrain

 

Hayat Chatar enseigne depuis cinq ans à l’école Enfant-Soleil, une des écoles les plus pauvres de la Commission scolaire Marguerite-Bourgeois située dans l’ouest de l’île de Montréal. Cette enseignante est à même de comparer les deux régimes, puisqu’elle a d’abord enseigné dans une maternelle TPMD, puis dans une classe mi-temps et, depuis l’an passé, elle est revenue dans une maternelle temps plein.

 

« Je me suis retrouvée avec deux groupes d’enfants, 16 le matin et 16 l’après-midi. C’est très épuisant parce que le temps d’enseignement n’est pas le même », raconte l’enseignante. En effet, comme le groupe d’après-midi profite d’une pause détente, il est difficile de répéter les mêmes activités avec les deux groupes. Ce sont deux planifications différentes.

 

Le but des maternelles 4 ans est de stimuler l’enfant et de le préparer à faire son entrée en maternelle ordinaire. Une demi-année scolaire est-elle suffisante pour y arriver ? « On essaie de leur donner tous les outils pour qu’ils soient préparés. On vit une frustration quand ce n’est pas acquis et on vit un épuisement quand on veut faire plus. L’équité n’est pas là, ils n’ont pas les mêmes chances », déplore la professeure.

 

Pour Hayat Chatar, ce qu’il y a de primordial, c’est le lien. D’abord celui entre elle et les enfants, mais aussi celui que ceux-ci créent entre eux : « Les groupes mi-temps sont en présence de nombreux intervenants dans une journée ; l’enseignante, la ressource complémentaire, le service du dîner et le service de garde. Il y a beaucoup de transition et c’est très déstabilisant pour un enfant de quatre ans », explique-t-elle. Si le modèle n’est pas idéal, l’enseignante affirme qu’il « vaut mieux avoir des mi-temps que rien du tout ».

Hausse importante du nombre d’enseignants victimes de violence à l’école
10 février 2018 écrit par Le Devoir

Le nombre de professeurs victimes de violence à l’école a augmenté de près de 50 % depuis 10 ans. Des menaces de mort du grand gaillard de 5e secondaire aux gifles, coups de pieds et coups de poing des enfants de maternelle, les enseignants en voient de toutes les couleurs et dénoncent une banalisation de la violence à l’école.

 

En 2005, le nombre de lésions attribuables à la violence en milieu de travail comptabilisé par la Commission des normes, de l’équité, de la santé et de la sécurité au travail (CNESST) était de 284 chez les enseignants, la profession la plus représentée après le personnel de la santé. Dix ans plus tard, en 2015, ce chiffre avait grimpé à 420. C’est une augmentation de 48 %. Et ça se fait sentir sur le terrain, comme a pu le constater Le Devoir.

 

« Il y a une dizaine d’années, on a vu une augmentation de la violence verbale. Maintenant, ce qu’on observe, c’est une augmentation importante de la violence physique », soutient Marie-Claude Palardy, conseillère en santé et sécurité du travail au Syndicat de Champlain (CSQ).

image Hausse importante du nombre denseignants victimes de violence à l’écoleEn 2005, on dénombrait 284 lésions attribuables au milieu de travail chez les enseignants, nombre qui est passé à 420 dix ans plus tard.

Selon elle, les cas déclarés ne sont que la pointe de l’iceberg. Car plusieurs professeurs, surtout ceux en début de carrière, n’osent pas porter plainte par peur de déplaire à la direction. Ils craignent qu’on ne fasse plus appel à leurs services ou que l’on remette en cause leur pédagogie.

 

« Même lorsqu’ils tentent de le faire, certaines directions vont leur dire que ce n’est pas nécessaire, que ce qu’ils ont vécu est normal, déplore Mme Palardy. On dit au professeur : relaxe, prends un bon verre de vin. Ça, on l’entend souvent. Cette banalisation crée beaucoup de détresse chez les professeurs. »

 

Sous le couvert de l’anonymat, plusieurs professeurs en congé de maladie à la suite d’événements violents confirment s’être sentis « abandonnés » par leur direction.

 

« L’an passé, j’ai sorti un élève de ma classe. Il s’est mis dans l’embrasure de la porte, à moins d’un mètre de moi, il m’a regardé dans les yeux et a passé son pouce en dessous de sa gorge en me disant clairement : “T’es dead.” »

 

Le professeur, qui travaille dans une école secondaire de la région de Montréal, a rempli un rapport d’acte de violence. « La direction m’a répondu que le jeune avait fait une blague et il n’y a eu aucune conséquence. »

 

Dès la maternelle

 

Professeure d’expérience, Nancy (nom fictif) enseigne à la maternelle. L’automne dernier, elle a rempli plus de 40 rapports d’incidents concernant le même enfant. Il l’a giflée, mordue, lui a lancé des objets par la tête, donné des coups de pied, des coups de poing dans le ventre. Souvent, elle prend les coups pour protéger d’autres élèves.

 

Après maintes demandes, l’école a ajouté une technicienne en éducation spécialisée, la soulageant un peu, mais le problème de comportement de l’enfant n’a pas disparu pour autant.

 

Nancy a essayé « plein de stratégies ». En vain. « Je suis partie en congé de maladie parce que je n’en pouvais plus. Mais mes élèves, eux, ne peuvent pas aller chez le pédiatre pour demander un congé d’école. C’est vraiment triste. »

 

Une professeure de maternelle a raconté au Devoir que, ces dernières années, un enfant lui a lancé un café, un autre lui a lancé des blocs par la tête, un autre encore l’a mordue à un sein. « Il y a une agressivité chez les tout-petits qui est tolérée, acceptée comme inhérente à la tâche par certaines directions et certains parents.»

 

Au service de garde d’une école de la banlieue, Julie (nom fictif) a elle aussi été confrontée à un enfant difficile qui l’a violentée à maintes reprises.

 

Dès le premier jour, elle a demandé de l’aide. On lui a répondu d’attendre un peu, qu’il était trop tôt pour sauter aux conclusions. Au fil des semaines et des mois, elle a réitéré sa demande. « C’était perçu comme si c’était moi qui n’étais pas capable de faire mon job, on pensait que je mettais de l’huile sur le feu. On m’a répondu que j’exagérais. »

 

Elle a rempli des dizaines de pages de notes avant de partir en congé de maladie. « Ça affectait ma sécurité physique, mais aussi ma santé affective et mentale. J’étais tout à l’envers, j’étais tout le temps en train de me remettre en question. Je pensais toujours à ça, le jour, la nuit. Je vivais dans une appréhension constante. »

 

Comme plusieurs, Julie redoute de retourner au travail et de se retrouver « dans la même classe, avec une direction qui nie tout ».

 

Protocole

 

Pratiquement tous les professeurs et les syndicats interrogés par Le Devoir associent l’augmentation de la violence aux compressions et au manque de personnel, qui obligent les professeurs à être toujours en réaction plutôt qu’en prévention. On évoque également l’intégration des élèves en difficulté.

 

On explique la banalisation de la violence dans certaines écoles par le fait que l’élève est devenu « un client payeur » qui apporte des subventions. Pour certains, c’est également une question d’image. On ne veut pas passer pour une école violente, car encore là, dans un milieu de plus en plus compétitif, cela pourrait influencer les parents qui hésiteraient à choisir cette école.

 

Pourtant, il existe un protocole pour dénoncer les actes de violence et chaque école est obligée, par la loi, de s’y soumettre. Comment expliquer alors qu’il ne soit pas toujours utilisé ?

 

Selon Josée Scalabrini, présidente de la Fédération des syndicats de l’enseignement, c’est une question de méconnaissance des outils. « Tant que ça ne leur arrive pas, les professeurs ne vont pas nécessairement s’informer sur les procédures à suivre. Il faut faire davantage de prévention et s’assurer que tous les professeurs savent comment agir quand ils sont victimes de violence, parce qu’il y en a de plus en plus. »

 

À la Fédération québécoise des directions d’école, la vice-présidente, Lise Madore, répond qu’elle-même est très proactive pour faire connaître le protocole auprès des enseignants et des remplaçants dans les deux écoles qu’elle dirige. Mais elle reconnaît qu’il n’en est peut-être pas ainsi dans toutes les écoles.

 

« Est-ce que c’est une méconnaissance des procédures, des enseignants qui font des remplacements et qui n’ont pas été avisés ou une nouvelle direction qui n’a pas encore toutes les formations nécessaires ? Je ne saurais dire, il y a tellement de contextes, mais toutes les écoles ont un protocole et ont l’obligation de le publiciser et de faire une reddition de comptes annuelle. »

 

Hommes

 

Selon le dernier rapport de la CNESST, « les femmes comptent pour 70,2 % des travailleurs affectés par une lésion physique attribuable à la violence en milieu de travail en 2015 ». Cette statistique n’est pas étonnante, dans la mesure où la majorité des emplois en santé et en éducation sont occupés par des femmes.

 

Mais dans les classes, des hommes aussi sont victimes de leurs élèves. « Il y a tous les classiques, les insultes, les menaces du style : “On sait où tu habites” et les bousculades. Je me suis fait pousser et cracher dessus. J’ai répertorié plus de vingt incidents en un mois », raconte Sylvain (nom fictif), un professeur de secondaire dans une école spécialisée pour cas lourds. Il est lui aussi en congé de maladie et réclame un changement dans le milieu de l’éducation pour venir à bout de ce problème.

 

« On nous dit : t’es professeur, la violence, ça fait partie de ton job, il faut que tu t’y attendes. Ça me fâche quand j’entends ça. Parce que le gars qui travaille dans la construction, quand il perd un bras, on ne lui dit pas : “C’est normal, tu savais que tu étais dans un milieu à risque.” On s’organise pour rendre le milieu plus sécuritaire. Mais dans les écoles, c’est banalisé. On ne perd peut-être pas un bras, mais c’est notre sommeil, notre qualité de vie, notre estime, notre santé mentale qui y passent. »

 

Choc post-traumatique

 

Et les séquelles peuvent demeurer longtemps, constate Michel Laforge. Il y a près de 20 ans, l’un de ses élèves, aspirant chef de gang, avait élaboré un plan pour le tuer à la sortie de l’école.

 

L’un des jeunes impliqués dans le complot a eu la frousse et s’est confié à son père, qui a aussitôt appelé les policiers. Ces derniers ont sécurisé l’école au moment où l’attaque devait avoir lieu, faisant avorter le projet. Quelques jours plus tard, la direction a convoqué Michel pour lui annoncer qu’il avait échappé de justesse à un assassinat. Puis on l’a renvoyé dans sa classe, sans plus de cérémonie.

 

« Quand j’ai appris ça, mon monde a basculé, comme si j’étais tombé dans le vide. La direction ne m’a jamais proposé d’aide. J’ai donné mon cours en mode automatique. Je le voyais là, assis au fond de ma classe. Je me suis senti largué, abandonné. J’ai réussi à faire deux ou trois jours comme ça, mais je n’étais plus bon à rien. »

 

Aujourd’hui, Michel est toujours en choc post-traumatique. Et il a décidé de partir en croisade pour amener les professeurs à dénoncer les actes de violence dont ils sont victimes. « Il y a une omertà, une honte. On a encore de la difficulté à trouver des enseignants qui ont subi des actes de violence et qui sont prêts à en parler. »


First Column of Stuff

  • Here is some stuff.
  • And some more stuff
  • Still more stuff

Second Column of Stuff

  • Here is some stuff.
  • And some more stuff
  • Still more stuff

Third Column of Stuff

  • Here is some stuff.
  • And some more stuff
  • Still more stuff

LinkedIn Auto Publish Powered By : XYZScripts.com