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«L’école de la dernière chance» en péril
21 novembre 2017 écrit par Le Devoir

C’est un peu l’école de la dernière chance. L’école qui accueille les élèves les plus « poqués », qui ont ce qu’on appelle des « troubles de comportement » aussi immenses que leur détresse. Cette école est menacée de fermeture.

 

Cette école, c’est le Centre d’intégration scolaire de Montréal (CIS). Elle est logée depuis quatre décennies dans un bâtiment appartenant à la Commission scolaire de Montréal (CSDM). Mais voilà : la CSDM a besoin du bâtiment pour loger les élèves des écoles du secteur qui débordent. Elle a averti le CIS que son bail pourrait se terminer à la fin de l’année scolaire, en juin 2018.

 

« On n’a nulle part où aller, mais ça ne se peut pas qu’on ferme. On ne ferme pas une école », dit Ysabelle Chouinard, directrice du CIS, rencontrée dans son école de la 6e avenue, dans le quartier Rosemont.

 

Le vieux bâtiment de trois étages ressemble aux 75 élèves, âgés de 8 à 18 ans : écorché vif. Les murs sont lacérés. Les casiers, bosselés. La colère et la détresse laissent des traces ici — et pas uniquement sur les visages de ces enfants forcés de grandir avant l’âge.

 

La colère et la détresse se mêlent à une sorte d’enchantement. Un petit miracle qui se produit chaque jour. À force d’efforts, de dévouement et d’amour, les 17 membres du personnel, tous orthopédagogues ou éducateurs spécialisés, parviennent à réchapper une bonne partie de ces enfants rejetés par le système.

 

Oui, ces élèves ont été rejetés : expulsés de leur classe, de leur école, puis de leur commission scolaire. Expulsés de leur famille aussi, pour plusieurs d’entre eux placés dans des familles d’accueil.

 

Sept commissions scolaires de la grande région montréalaise, dont la CSDM, paient pour envoyer leurs élèves « à problèmes » au Centre d’intégration scolaire. Le CIS est un organisme privé à but non lucratif.

 

« Ce sont des élèves qui sont rendus au bout du système régulier. Ils ont dépassé toutes les limites. Plus ça va, plus les élèves qu’on reçoit ont dépassé beaucoup beaucoup de limites », explique Ysabelle Chouinard, qui a enseigné une vingtaine d’années au CIS avant d’en prendre la direction il y a trois ans.

 

Un océan de détresse

 

On rencontre Océane, 11 ans, au bureau de la travailleuse sociale de l’école. Une boule d’énergie qui explose de temps en temps. « Quand je pète une crise, je me fâche et je monte sur les meubles, dit-elle. J’ai aussi fugué quand j’avais 9 ans. Je me suis sauvée et je me suis cachée quelque part », raconte-t-elle.

 

Océane, son frère et sa soeur ont été placés en famille d’accueil. « Océane a fait beaucoup de progrès. Elle vient de retourner chez sa mère, qui s’est prise en main et qui prend les bonnes décisions. Elle ne l’a pas eu facile », dit Marie-Claude Simard, travailleuse sociale depuis 14 ans ici.

 

« Je suis choyée d’avoir un emploi comme ça, ajoute-t-elle. Les jeunes ont besoin d’être encadrés. Il faut qu’ils se sentent aimés, acceptés, accueillis. Il faut répondre à leurs besoins, y aller petit à petit. Accueillir les parents aussi, apaiser les parents. Ils ont aussi des blessures pas guéries. »

 

Parents et élèves partagent souvent les mêmes blessures nommées trouble d’opposition, trouble d’attachement, crises spontanées, toxicomanie, hyperactivité, anxiété généralisée. Ces « troubles » peuvent mener à des meubles lancés, des coups, des gros mots, des crachats, de l’automutilation, des idées (ou des gestes) suicidaires…

 

Richard, un colosse de 16 ans, nous raconte son histoire. Calmement. Avec une sorte de maturité. Son père, membre des Forces armées, a quitté la maison quand Richard avait 2 ans. Sa mère l’a élevé seule en travaillant de jour comme éducatrice en garderie et de nuit comme concierge. Son père promettait de revenir à la maison, puis ne rentrait pas…

 

« Quand je suis arrivé ici, au primaire, j’étais en colère. Je me faisais traiter de gros. Je me battais. Je n’avais pas de respect pour les profs et les intervenants. J’ai changé. J’ai réalisé que je dois respecter le monde. Respecter ma mère aussi. Elle m’a toujours aidé. »

 

Il veut finir ses études et entrer dans la marine canadienne, comme son père.

 

Le luxe du temps

 

Nous voilà déjà à midi. La plupart des professeurs mangent en classe avec leurs élèves. Un éducateur joue au ballon avec des jeunes dans le corridor. Le syndicat a signé une entente qui permet aux enseignants d’avoir un horaire irrégulier — tôt le matin, après les heures de classe et le midi. Le CIS accorde aux enfants ce qui manque souvent dans les autres écoles : du temps.

 

Un petit furet blanc gambade d’un enfant à l’autre dans la classe de Mme Roxanne — surnommée « Madame Projets ». « Ça les apaise. S’ils sont en crise, ils se collent sur le furet et se calment tout de suite », dit-elle.

 

La directrice, Ysabelle Chouinard, dîne avec une élève dans son bureau. Maïté, 10 ans, tricote une écharpe en placotant. « Je l’aime, elle [la directrice]. C’est tranquille ici, on est bien. Je peux tricoter en paix », dit-elle.

 

« Avant, j’allais à une école de drogués. Ma mère me l’a dit. Ils me faisaient l’étoile, me pognaient le bras par en arrière et me poussaient par terre. » Maïté se penche au sol pour montrer la prise de l’étoile qui lui faisait si mal.

 

C’est une petite vite, Maïté. Elle a l’oeil vif. L’esprit agile. « Un trouble [de comportement] peut arriver pour toutes sortes de raisons, dit Ysabelle Chouinard. Personne ne choisit que ça arrive. On doit trouver les moyens d’aider les enfants. On est leur deuxième chance, peut-être la dernière dans certains cas. »

 

Décision imminente

 

Le CIS vise à remettre les élèves sur la bonne voie pour qu’ils puissent retourner dans les classes ordinaires. Mais la fermeture de l’école est bel et bien possible. « Je ne peux pas cacher que c’est un lieu stratégique. Nous avons de très, très grands besoins dans le quartier. Il faudrait qu’ils [les responsables du CIS] cherchent d’autres soutiens. On ne peut plus être le seul partenaire. Nos besoins sont tellement grands », dit Catherine Harel Bourdon, présidente de la CSDM.

 

La décision sera prise à la séance du conseil des commissaires le 20 décembre, selon elle. Comme si ce n’était pas assez, le bâtiment a besoin de travaux de 10,8 millions de dollars. Le toit coule. Il y a de l’amiante dans les murs. Il faut refaire le revêtement extérieur.

 

Qu’arriverait-il aux 75 élèves en cas de fermeture ? « On a une multitude de services chez nous pour les élèves à besoins particuliers », dit la présidente.

 

La directrice du CIS, elle, s’accroche à l’espoir qu’un bailleur de fonds permettra à l’école de se relocaliser. Ou de rester dans la 6e avenue. « On ne peut pas abandonner nos élèves. Je ne peux pas accepter ça. »

Inverser la classe pour faire plus de pratique à l’école
20 novembre 2017 écrit par Le Devoir

Électrifier un quartier de Montréal : c’est la mission donnée à une trentaine de collégiens pendant un cours de physique au cégep Montmorency, à Laval. En équipe, les étudiants dessinent des circuits électriques grand format sur les tableaux blancs de la classe. Ils font des calculs élaborés. Ils calculent le nombre de lampadaires et de lignes électriques nécessaires pour illuminer la rue Le Royer.

 

Ce n’est pas la première fois que ces étudiants font ce type de résolution de problèmes. Il y a quelques semaines, ils devaient déterminer la distance à laquelle un requin peut détecter le champ électromagnétique d’une truite. Bientôt, ils devront concevoir et fabriquer le flash d’un appareil photo.

 

Si leur professeur, Sébastien Marcotte, a le temps de donner autant d’exercices pratiques à faire en classe, c’est grâce à la « classe inversée », une approche pédagogique qui renverse le principal paradigme en éducation.

 

 

« Habituellement, on parle de la théorie en classe et on fait la pratique à la maison, explique l’enseignant. Avec la classe inversée, on fait l’inverse. La théorie s’apprend à la maison par des vidéos, des lectures ou de la baladodiffusion. Ce qui laisse un maximum de temps en classe pour la pratique. »

 

De nombreux avantages

 

La classe inversée permet aux étudiants de faire des apprentissages plus profonds et durables que les cours magistraux, croit Vincent Laberge, coordonnateur des recherches sur les classes inversées à l’Université de Montréal. En classe magistrale, les élèves peuvent répéter et comprendre la matière du cours. En classe inversée, la matière est mieux maîtrisée. Elle est perçue de manière critique. Elle sert de base pour créer de nouveaux éléments.

 

Cette approche pédagogique bénéficie principalement au quartile le plus faible de la classe, alors que la performance des autres étudiants reste sensiblement la même, souligne M. Laberge. De fait, on observe entre 10 et 25 % moins d’échecs dans les classes inversées, selon les données d’une vaste revue de littérature, rapporte le chercheur. « Il y a toute cette dimension de l’apprentissage par les pairs qui entre en jeu, ce qui permet aux élèves d’intégrer la matière par différentes manières », explique-t-il.

 

La classe inversée pousse aussi les étudiants à travailler en équipe, confirme Audrey Raynault, étudiante au doctorat à l’Université de Montréal. La classe inversée est utilisée pour un cours regroupant des étudiants de 12 programmes en sciences de la santé à l’Université de Montréal. Après avoir fait des lectures en ligne sur le sujet, les étudiants doivent concevoir un outil d’éducation thérapeutique pour un cas clinique en équipes multidisciplinaires de cinq étudiants. Deux mois plus tard, les étudiants adaptent leur outil après des discussions avec un patient. Ce type d’exercices exerce les futurs professionnels de la santé qui auront à travailler à distance dans des équipes multidisciplinaires, croit Mme Raynault.

 

Les conditions du succès

 

Si la classe est « inversée », il faut tout de même la faire « de la bonne façon » pour qu’elle soit avantageuse, avertit Mme Raynault. Pour que l’étudiant soit motivé à apprendre la théorie à la maison, il doit y avoir un retour sur les notions, ainsi que des évaluations en classe. Autrement, c’est l’échec. L’apprentissage cesse. C’est du moins ce qu’a observé Mme Raynault à la suite d’une expérience réalisée à l’Université de Montréal.

image Inverser la classe pour faire plus de pratique à l’écolePhoto: Guillaume Levasseur Le Devoir
Cette approche permettrait aux étudiants de faire des apprentissages plus profonds et durables que les cours magistraux.

 

De même, inverser la classe pour uniquement faire des devoirs en classe n’a pas de valeur ajoutée, selon Geneviève Caron, enseignante de physique au Collège Montmorency. Il faut coupler la classe inversée à des exercices qui rendent l’élève « actif ». Avec son collègue, Sébastien Marcotte, elle a monté une banque d’activités et de jeux permettant « d’entraîner ce muscle qu’est la mémoire ». Par exemple, les deux professeurs utilisent des jeux-questionnaires interactifs où les élèves répondent anonymement à une question à choix multiples, d’abord de façon individuelle, puis après consultation en équipe, afin d’évaluer leur apprentissage par rapport à la classe.

 

La classe inversée signifie plus de travail pour l’étudiant… mais beaucoup plus de travail pour l’enseignant, selon M. Laberge. Une charge de travail que M. Marcotte et Mme Caron ont expérimentée lorsqu’ils ont décidé d’adopter la classe inversée en 2014.

 

À moins d’une semaine de la rentrée, les deux professeurs ont décidé de monter leur cours théorique sur vidéos. « Je restais souvent après les cours sur mon temps personnel pour faire ces vidéos », explique M. Marcotte. Étant les pionniers de la classe inversée au collège, ils partent de zéro, ou presque. Et ils n’ont pas, comme le précise l’enseignant, une formation pour faire du montage vidéo.

 

Certaines ressources sont toutefois disponibles pour les enseignants qui décident d’adopter cette méthode pédagogique. « Il y a de plus en plus de vidéos de bonne qualité sur YouTube, créés par des enseignants qui ont déjà adopté la classe inversée », souligne M. Laberge. Une formation en ligne ouverte pour tous portant sur la classe inversée est également offerte par l’Université de Montréal. Mme Raynault ajoute que plusieurs communautés de professeurs partageant leurs astuces existent sur les réseaux sociaux comme Facebook et Twitter.

 

Reste que la technique est peu utilisée. M. Laberge estime qu’environ 2 à 3 % des professeurs des cégeps et des universités de la province utilisent cette technique pédagogique. Des statistiques sont toutefois difficiles à établir, puisque ces enseignants ont beaucoup de liberté dans le choix de leurs techniques pédagogiques. Le chercheur évalue que ce nombre serait en hausse au cours des dernières années.

Le débat sur la gestion des universités reprend de plus belle
19 novembre 2017 écrit par Le Devoir

« Détournement marchand », « dérive autoritaire », « perte de pouvoir des professeurs » : la colère gronde dans des universités québécoises, où une partie de bras de fer oppose syndicats et directions d’établissement.

 

La controverse est ainsi repartie de plus belle autour de la refonte projetée de la charte de l’Université de Montréal (UdeM), qui fait l’objet de vives critiques de la part des associations regroupant 78 000 professeurs d’université au Québec et dans le reste du Canada.

 

Une question cruciale se trouve au coeur du débat : qui prend les grandes décisions de l’université ? L’UdeM cherche à réduire l’influence des professeurs et chercheurs dans la gestion de l’établissement au profit d’autres représentants de la communauté universitaire (chargés de cours, personnel de soutien) et de membres externes, issus de l’extérieur du campus.

 

Cette bataille a agité le campus de l’UdeM au cours de l’hiver dernier. Le recteur Guy Breton avait suspendu sa réforme, mais l’initiative a refait surface dans un projet de loi soumis à l’Assemblée nationale cette semaine.

 

L’université compte faire davantage de place aux membres dits « indépendants » (issus de l’extérieur du campus) au conseil d’administration et au comité exécutif de l’établissement. Le projet de nouvelle charte prévoit aussi une réduction des pouvoirs de l’assemblée universitaire, qui regroupe des représentants de toutes les composantes de l’établissement — professeurs, chargés de cours, étudiants, professionnels de recherche, cadres de l’université, et ainsi de suite.

 

Pour le recteur Guy Breton, la nouvelle charte vise à faire entrer la gouvernance de l’UdeM dans le XXIe siècle en branchant l’établissement sur ses milliers de diplômés qui occupent des postes importants dans le milieu des affaires, de la culture ou dans le secteur communautaire, par exemple.

 

Le principe de collégialité reste en place, mais d’autres voix que celles des professeurs se feront aussi entendre, insiste l’UdeM. La réforme proposée correspond à ce qui se fait dans d’autres universités nord-américaines.

 

« Coup de force »

 

Pour les syndicats de professeurs, la nouvelle charte de l’UdeM représente un « coup de force » qui bafoue le principe de collégialité au coeur de la mission de l’université. Le projet de loi visant à réformer la gouvernance de l’UdeM est un « cheval de Troie » qui risque de se multiplier dans tout le pays, soutient l’Association canadienne des professeures et professeurs d’université (ACPPU) — qui regroupe 70 000 membres dans 120 universités.

 

Pour l’Association, le projet du recteur Breton remet la gestion de l’UdeM entre les mains de gens d’affaires. Or l’enseignement supérieur n’est pas une marchandise, fait valoir l’ACPPU.

 

La Fédération québécoise des professeures et professeurs d’université (FQPPU), de son côté, affirme que le projet menace la liberté universitaire des professeurs et leurs droits fondamentaux d’association et de représentation. Les professeurs deviendraient de « simples exécutants » avec le projet du recteur de l’UdeM, estime la Fédération.

 

« Gestion participative »

 

Un débat similaire est survenu à l’Université du Québec en Outaouais (UQO). Le Syndicat des professeures et professeurs de l’UQO vient de remporter deux griefs contre la nomination de cadres à des postes réservés à des professeurs syndiqués.

 

« Il est possible qu’il y ait un vide à combler dans la réglementation, mais les droits de gérance de l’Université à titre d’employeur ne lui permettent pas de se substituer au conseil d’administration », écrit l’arbitre Denis Provençal dans une décision du 25 octobre 2017.

 

L’UQO avait désigné des cadres pour remplir ces fonctions, car aucun syndiqué n’avait posé sa candidature. « On se réjouit de la décision. On espère que ça va favoriser l’implication de professeurs », a affirmé Gilles Mailloux, directeur des communications et du recrutement à l’UQO.

 

Programmes « payants »

 

Louise Briand, présidente du Syndicat des professeurs de l’UQO, se réjouit elle aussi de ce qu’elle considère comme un rappel à l’ordre du tribunal d’arbitrage. « L’arbitre a souligné que la réglementation du réseau de l’UQ est établie sur la gestion participative. Les cadres du réseau ont tendance à l’oublier », dit-elle au Devoir.

 

Elle souhaite que le 50e anniversaire du réseau des universités du Québec, en 2018, permette de réaffirmer avec plus de vigueur le principe de cogestion. « Le détournement marchand est doublé d’une dérive autoritaire, dans le réseau de l’UQ comme ailleurs », ajoute Louise Briand, qui est aussi vice-présidente de la Fédération des professionnèles (CSN).

 

La multiplication des cadres et des administrateurs externes à des postes-clés des universités entraîne une logique marchande, selon elle. Ces gestionnaires risquent de donner la priorité aux programmes « payants », calqués sur les besoins des entreprises, par exemple. Louise Briand cite le projet de décentralisation à l’Université du Québec à Montréal (UQAM) : les budgets seraient décentralisés vers les facultés et écoles les plus lucratives, notamment l’École des sciences de la gestion.

Le débat sur la gestion des universités reprend de plus belle
18 novembre 2017 écrit par Le Devoir

« Détournement marchand », « dérive autoritaire », « perte de pouvoir des professeurs » : la colère gronde dans des universités québécoises, où une partie de bras de fer oppose syndicats et directions d’établissement.

 

La controverse est ainsi repartie de plus belle autour de la refonte projetée de la charte de l’Université de Montréal (UdeM), qui fait l’objet de vives critiques de la part des associations regroupant 78 000 professeurs d’université au Québec et dans le reste du Canada.

 

Une question cruciale se trouve au coeur du débat : qui prend les grandes décisions de l’université ? L’UdeM cherche à réduire l’influence des professeurs et chercheurs dans la gestion de l’établissement au profit d’autres représentants de la communauté universitaire (chargés de cours, personnel de soutien) et de membres externes, issus de l’extérieur du campus.

 

Cette bataille a agité le campus de l’UdeM au cours de l’hiver dernier. Le recteur Guy Breton avait suspendu sa réforme, mais l’initiative a refait surface dans un projet de loi soumis à l’Assemblée nationale cette semaine.

 

L’université compte faire davantage de place aux membres dits « indépendants » (issus de l’extérieur du campus) au conseil d’administration et au comité exécutif de l’établissement. Le projet de nouvelle charte prévoit aussi une réduction des pouvoirs de l’assemblée universitaire, qui regroupe des représentants de toutes les composantes de l’établissement — professeurs, chargés de cours, étudiants, professionnels de recherche, cadres de l’université, et ainsi de suite.

 

Pour le recteur Guy Breton, la nouvelle charte vise à faire entrer la gouvernance de l’UdeM dans le XXIe siècle en branchant l’établissement sur ses milliers de diplômés qui occupent des postes importants dans le milieu des affaires, de la culture ou dans le secteur communautaire, par exemple.

 

Le principe de collégialité reste en place, mais d’autres voix que celles des professeurs se feront aussi entendre, insiste l’UdeM. La réforme proposée correspond à ce qui se fait dans d’autres universités nord-américaines.

 

« Coup de force »

 

Pour les syndicats de professeurs, la nouvelle charte de l’UdeM représente un « coup de force » qui bafoue le principe de collégialité au coeur de la mission de l’université. Le projet de loi visant à réformer la gouvernance de l’UdeM est un « cheval de Troie » qui risque de se multiplier dans tout le pays, soutient l’Association canadienne des professeures et professeurs d’université (ACPPU) — qui regroupe 70 000 membres dans 120 universités.

 

Pour l’Association, le projet du recteur Breton remet la gestion de l’UdeM entre les mains de gens d’affaires. Or l’enseignement supérieur n’est pas une marchandise, fait valoir l’ACPPU.

 

La Fédération québécoise des professeures et professeurs d’université (FQPPU), de son côté, affirme que le projet menace la liberté universitaire des professeurs et leurs droits fondamentaux d’association et de représentation. Les professeurs deviendraient de « simples exécutants » avec le projet du recteur de l’UdeM, estime la Fédération.

 

« Gestion participative »

 

Un débat similaire est survenu à l’Université du Québec en Outaouais (UQO). Le Syndicat des professeures et professeurs de l’UQO vient de remporter deux griefs contre la nomination de cadres à des postes réservés à des professeurs syndiqués.

 

« Il est possible qu’il y ait un vide à combler dans la réglementation, mais les droits de gérance de l’Université à titre d’employeur ne lui permettent pas de se substituer au conseil d’administration », écrit l’arbitre Denis Provençal dans une décision du 25 octobre 2017.

 

L’UQO avait désigné des cadres pour remplir ces fonctions, car aucun syndiqué n’avait posé sa candidature. « On se réjouit de la décision. On espère que ça va favoriser l’implication de professeurs », a affirmé Gilles Mailloux, directeur des communications et du recrutement à l’UQO.

 

Programmes « payants »

 

Louise Briand, présidente du Syndicat des professeurs de l’UQO, se réjouit elle aussi de ce qu’elle considère comme un rappel à l’ordre du tribunal d’arbitrage. « L’arbitre a souligné que la réglementation du réseau de l’UQ est établie sur la gestion participative. Les cadres du réseau ont tendance à l’oublier », dit-elle au Devoir.

 

Elle souhaite que le 50e anniversaire du réseau des universités du Québec, en 2018, permette de réaffirmer avec plus de vigueur le principe de cogestion. « Le détournement marchand est doublé d’une dérive autoritaire, dans le réseau de l’UQ comme ailleurs », ajoute Louise Briand, qui est aussi vice-présidente de la Fédération des professionnèles (CSN).

 

La multiplication des cadres et des administrateurs externes à des postes-clés des universités entraîne une logique marchande, selon elle. Ces gestionnaires risquent de donner la priorité aux programmes « payants », calqués sur les besoins des entreprises, par exemple. Louise Briand cite le projet de décentralisation à l’Université du Québec à Montréal (UQAM) : les budgets seraient décentralisés vers les facultés et écoles les plus lucratives, notamment l’École des sciences de la gestion.

Le débat sur la gestion des universités reprend de plus belle
17 novembre 2017 écrit par Le Devoir

« Détournement marchand », « dérive autoritaire », « perte de pouvoir des professeurs » : la colère gronde dans des universités québécoises, où une partie de bras de fer oppose syndicats et directions d’établissement.

 

La controverse est ainsi repartie de plus belle autour de la refonte projetée de la charte de l’Université de Montréal (UdeM), qui fait l’objet de vives critiques de la part des associations regroupant 78 000 professeurs d’université au Québec et dans le reste du Canada.

 

Une question cruciale se trouve au coeur du débat : qui prend les grandes décisions de l’université ? L’UdeM cherche à réduire l’influence des professeurs et chercheurs dans la gestion de l’établissement au profit d’autres représentants de la communauté universitaire (chargés de cours, personnel de soutien) et de membres externes, issus de l’extérieur du campus.

 

Cette bataille a agité le campus de l’UdeM au cours de l’hiver dernier. Le recteur Guy Breton avait suspendu sa réforme, mais l’initiative a refait surface dans un projet de loi soumis à l’Assemblée nationale cette semaine.

 

L’université compte faire davantage de place aux membres dits « indépendants » (issus de l’extérieur du campus) au conseil d’administration et au comité exécutif de l’établissement. Le projet de nouvelle charte prévoit aussi une réduction des pouvoirs de l’assemblée universitaire, qui regroupe des représentants de toutes les composantes de l’établissement — professeurs, chargés de cours, étudiants, professionnels de recherche, cadres de l’université, et ainsi de suite.

 

Pour le recteur Guy Breton, la nouvelle charte vise à faire entrer la gouvernance de l’UdeM dans le XXIe siècle en branchant l’établissement sur ses milliers de diplômés qui occupent des postes importants dans le milieu des affaires, de la culture ou dans le secteur communautaire, par exemple.

 

Le principe de collégialité reste en place, mais d’autres voix que celles des professeurs se feront aussi entendre, insiste l’UdeM. La réforme proposée correspond à ce qui se fait dans d’autres universités nord-américaines.

 

« Coup de force »

 

Pour les syndicats de professeurs, la nouvelle charte de l’UdeM représente un « coup de force » qui bafoue le principe de collégialité au coeur de la mission de l’université. Le projet de loi visant à réformer la gouvernance de l’UdeM est un « cheval de Troie » qui risque de se multiplier dans tout le pays, soutient l’Association canadienne des professeures et professeurs d’université (ACPPU) — qui regroupe 70 000 membres dans 120 universités.

 

Pour l’Association, le projet du recteur Breton remet la gestion de l’UdeM entre les mains de gens d’affaires. Or l’enseignement supérieur n’est pas une marchandise, fait valoir l’ACPPU.

 

La Fédération québécoise des professeures et professeurs d’université (FQPPU), de son côté, affirme que le projet menace la liberté universitaire des professeurs et leurs droits fondamentaux d’association et de représentation. Les professeurs deviendraient de « simples exécutants » avec le projet du recteur de l’UdeM, estime la Fédération.

 

« Gestion participative »

 

Un débat similaire est survenu à l’Université du Québec en Outaouais (UQO). Le Syndicat des professeures et professeurs de l’UQO vient de remporter deux griefs contre la nomination de cadres à des postes réservés à des professeurs syndiqués.

 

« Il est possible qu’il y ait un vide à combler dans la réglementation, mais les droits de gérance de l’Université à titre d’employeur ne lui permettent pas de se substituer au conseil d’administration », écrit l’arbitre Denis Provençal dans une décision du 25 octobre 2017.

 

L’UQO avait désigné des cadres pour remplir ces fonctions, car aucun syndiqué n’avait posé sa candidature. « On se réjouit de la décision. On espère que ça va favoriser l’implication de professeurs », a affirmé Gilles Mailloux, directeur des communications et du recrutement à l’UQO.

 

Programmes « payants »

 

Louise Briand, présidente du Syndicat des professeurs de l’UQO, se réjouit elle aussi de ce qu’elle considère comme un rappel à l’ordre du tribunal d’arbitrage. « L’arbitre a souligné que la réglementation du réseau de l’UQ est établie sur la gestion participative. Les cadres du réseau ont tendance à l’oublier », dit-elle au Devoir.

 

Elle souhaite que le 50e anniversaire du réseau des universités du Québec, en 2018, permette de réaffirmer avec plus de vigueur le principe de cogestion. « Le détournement marchand est doublé d’une dérive autoritaire, dans le réseau de l’UQ comme ailleurs », ajoute Louise Briand, qui est aussi vice-présidente de la Fédération des professionnèles (CSN).

 

La multiplication des cadres et des administrateurs externes à des postes-clés des universités entraîne une logique marchande, selon elle. Ces gestionnaires risquent de donner la priorité aux programmes « payants », calqués sur les besoins des entreprises, par exemple. Louise Briand cite le projet de décentralisation à l’Université du Québec à Montréal (UQAM) : les budgets seraient décentralisés vers les facultés et écoles les plus lucratives, notamment l’École des sciences de la gestion.

L’ouverture d’un site d’injection à Montréal inquiète des parents d’écoliers
16 novembre 2017 écrit par Le Devoir

Avec l’ouverture imminente du site d’injection de Spectre de rue à un coin de rue d’une école primaire, un groupe de parents s’inquiète d’une cohabitation qu’il juge risquée.

 

« On sait que l’acceptabilité sociale est jugée primordiale pour qu’un projet de cette nature fonctionne, mais celle-ci n’est manifestement pas au rendez-vous dans le quartier », dénonce Christelle Perrine, présidente du conseil d’établissement de l’école primaire Marguerite-Bourgeoys, mère de trois enfants, résidante et commerçante du quartier.

 

« On n’est pas dans le déni, on sait que c’est un service de santé publique qui est important et nécessaire, mais on n’a toujours pas de réponse à savoir comment ils vont assurer la sécurité de nos enfants qui circulent dans ce corridor scolaire, ajoute-t-elle. Il y a bien eu des rencontres du comité de bon voisinage, mais il n’y a aucune collaboration de leur part, toutes nos propositions restent lettre morte. »

 

Deux autres sites d’injection supervisée ont ouvert leurs portes en juin dernier, Cactus et Dopamine, mais aucun n’est situé dans un corridor scolaire et aucun n’est ouvert de jour, plaident les parents.

 

Avec l’appui de leur commissaire scolaire, Stéphanie Bellenger-Heng, ces parents réclament une présence policière accrue dans ce corridor scolaire et l’ajout d’un brigadier, une figure rassurante pour les enfants et leurs parents.

 

« On nous répond qu’il ne faut pas qu’il y ait trop de sécurité parce que ça risque de gêner les usagers, mais nous, on veut plus de sécurité pour nos enfants, alors on fait quoi ? » s’interroge Mme Perrine.

 

Au Centre intégré universitaire de santé et de services sociaux (CIUSSS) du Centre-Sud de Montréal, qui pilote le projet de site d’injection supervisée avec l’organisme Spectre de rue, on assure qu’il y aura « plus de présence policière dans les alentours », mais on confirme qu’il y a un « équilibre précaire » à respecter « pour ne pas empêcher les gens de venir au service ».

 

Heures d’ouverture

 

Un intervenant pivot, chargéde faire le lien entre l’organisme et l’école, a également été engagé par la commission scolaire pour faciliter les communications entre l’organisme, l’école, les parents et les enfants.

 

Le CIUSSS répète que plusieurs ajustements ont été faits pour rassurer les parents.

 

« On a accepté de déplacer l’ouverture de 8 h 30 à 9 h 30, mais pas de fermer les services à 14 h 30 plutôt qu’à 18 h 30, contrairement à leur demande, car ce serait un recul », explique la Dre Carole Morissette, médecin-conseil à la direction de santé publique du CIUSSS.

 

« On ne peut pas s’attendre à ce qu’on ferme Spectre de rue, ce n’est pas une option, ajoute-t-elle. Il faut trouver une zone de réassurance, mais aussi laisser la possibilité qu’on commence les services, qu’on travaille à observer ce qui se passe, qu’on soit capable de faire des ajustements au fur et à mesure plutôt que d’annoncer à l’avance des problématiques qui ne sont pas encore existantes et qui n’ont jamais existé, alors que Spectre de rue est là depuis 20 ans. »

L’école Saint-Gérard rouvre enfin ses portes
15 novembre 2017 écrit par Le Devoir

«Je suis content, mais j’ai surtout envie de dire : enfin ! Après cinq ans et dix mois exactement, on peut enfin rentrer dans notre école. Il était temps. » Carl Emmanuel Vaillancourt, papa de deux élèves de l’école Saint-Gérard et membre du conseil d’établissement, était l’un des premiers dans la cour d’école pour l’inauguration de la nouvelle école mardi matin.

 

Musique, mascotte, ballons et coupe de ruban symbolique ;l’ambiance était à la fête dans la cour d’école fraîchement asphaltée pour l’arrivée de centaines d’élèves fébriles qui prenaient possession de leur nouvelle école de quartier dans Villeray.

 

L’école primaire avait été fermée dans l’adversité en 2012 à la suite de problèmes de moisissures, et la reconstruction s’est heurtée à de nombreux écueils. Pendant toutes ces années, les élèves ont été transférés à l’école Georges-Vanier. À peine une quarantaine d’entre eux, désormais en 6e année, ont connu l’école avant sa démolition.

 

« Les émotions se bousculent, je suis entre les deux, à la fois triste et heureuse, raconte Véronique Bélanger, professeure depuis neuf ans à l’école Saint-Gérard. La majorité des enfants ne connaissent que l’autre école, ils sont très fébriles, certains ont le coeur gros. C’est un deuil et un renouveau à la fois. »

 

Aléas

 

Dans les corridors, les enfants se tordaient le cou pour voir le nouveau gymnase double. C’est l’un des atouts de cette nouvelle école, avec la fenestration abondante, les ascenseurs, les salles polyvalentes et la géothermie. « On n’a pas pu faire le toit vert et l’atrium […], mais on a réussi à intégrer de la créativité avec les dessins inscrits dans les vitres extérieures et à faire beaucoup d’aménagement dans les plans pour que ce soit une école qui corresponde aux besoins », explique la présidente de la Commission scolaire de Montréal, Catherine Harel Bourdon.

 

Elle reconnaît que « ça a pris du temps », mais affirme que ça aura permis de tirer des leçons pour le futur.

 

« C’était la première fois qu’il y avait démolition et reconstruction à cause de la qualité de l’air et des moisissures, donc ça a pris plusieurs rapports, il y a eu des délais pour le financement auprès du ministère et pour le patrimoine aussi, donc il y avait beaucoup d’étapes, mais ça nous a permis de connaître ces aléas et de pouvoir prévenir et de tenter de réduire le temps de préparation pour les autres écoles. »

 

Changements

 

Quelque 430 élèves sont présentement inscrits à l’école, qui a une capacité d’accueil de 625 élèves. Déjà, des consultations sont en cours pour que la nouvelle école accueille les élèves de l’école Christ-Roy ou de nouvelles classes d’accueil et de francisation.

 

Quant à l’école Georges-Vanier, les places laissées vacantes par le départ des élèves de Saint-Gérard devraient être à nouveau occupées par les élèves de l’Académie Roberval dès janvier prochain. « Ce sont des vases communicants entre les écoles et les quartiers », résume Mme Harel Bourdon.

Étudier en français, un grand défi pour les Inuits du Nunavik
14 novembre 2017 écrit par Le Devoir

Étudier en français ou en anglais ? Les Inuits du nord du Québec peuvent poursuivre leurs études collégiales dans l’une des deux langues officielles du Canada, un choix qui peut s’avérer déterminant pour leur avenir.

« Ce sont des survivors, la crème de la crème du Nunavik ! » s’exclame avec fierté Marie-Hélène Morin, conseillère pédagogique au Collège Montmorency, en faisant référence à la poignée d’étudiants inuits du cégep. Les étudiants viennent du Nunavik, un territoire pratiquement aussi grand que l’Espagne situé au nord du Québec, où 83 % des élèves décrochent avant d’avoir terminé leur secondaire.

 

Au Nunavik, la moitié des élèves du primaire et du secondaire étudient en français ; l’autre moitié, en anglais. Mais la proportion des élèves francophones chute au postsecondaire. Au cours des quatre dernières années, la proportion d’Inuits inscrits dans des institutions francophones variait entre 15 et 28 %, selon la Commission scolaire Kativik, qui chapeaute les écoles du Nunavik et encadre les étudiants inuits au cégep et à l’université, « au sud ».

 

Jusqu’en 2015, la majorité des étudiants inuits du secteur francophone du Nunavik allaient au Cégep Marie-Victorin, dans le nord-est de Montréal. « En vingt-trois ans, il y a eu sept diplômés seulement », indique Mme Morin. Un nombre équivalant au nombre de diplômés de l’année 2015 au Collège John Abbott, à Montréal, où étudient la majorité des collégiens inuits du secteur anglophone.

 

Depuis deux ans, la majorité des Inuits « francophones » étudient au Collège Montmorency, à Laval.

 

Une transition brutale

 

« Les étudiants arrivent au cégep avec un faible niveau de français », observe Sylvain St-Amour, professeur de français au Collège Montmorency, à Laval. Les étudiants ont du mal à tenir une conversation. Ils ont parfois de la difficulté à comprendre les consignes. Mais comment est-ce possible, s’ils étudient en français depuis la 4e année du primaire ?

 

Le français est la troisième langue au Nunavik, derrière l’inuktitut, la langue maternelle, et l’anglais, la langue courante. « Le français est une langue scolaire, explique Nicolas Bertrand, auteur de L’école à la dérive, un essai sur l’éducation au Nunavik. Même s’ils sont scolarisés en français pendant neuf ans, les élèves n’ont pas l’occasion de parler en français en dehors de l’école. » De fait, pour relever ce défi, ce sont généralement les élèves les plus doués à l’école qui sont encouragés à poursuivre leurs études en français.

 

Si apprendre une troisième langue constitue déjà un défi en soi, le faire dans le contexte particulier du Nunavik rend la chose encore plus difficile. Absentéisme, charge de travail plus faible et absence de devoirs, manque de ressources, problèmes sociaux, grand roulement du personnel, majoritairement composé de non-Inuits qui en sont généralement à leur première expérience d’enseignement… La liste des facteurs nuisant à l’apprentissage et recensés dans l’essai de M. Bertrand est encore longue.

image Étudier en français, un grand défi pour les Inuits du NunavikPhoto: Miriane Demers-Lemay Le Devoir
Des étudiantes du Nunavik discutent à l’extérieur des résidences du Collège Montmorency.

 

Au cégep, la barrière de la langue s’ajoute aux nombreux défis associés à la transition brutale entre le nord et le sud. Les étudiants du Nunavik doivent apprendre à fonctionner dans une culture complètement différente, loin de leur famille. Ils doivent gérer leur budget, payer leur cellulaire, prendre l’autobus, planifier leurs repas. Ils doivent aussi apprendre à être ponctuels, à faire leurs devoirs et à supporter une charge de travail beaucoup plus élevée qu’au nord. De fait, le nombre d’étudiants inscrits au Collège John Abbott a fondu de près de moitié entre les sessions d’automne et d’hiver de 2015 et 2016.

 

Cette année, quatre étudiantes « francophones » du Nunavik ont décidé de poursuivre leurs études collégiales en anglais. C’est le cas de Joanna Cooper, de Kuujjuaq, qui a décidé de faire ses sciences pures au Collège John Abbott. « J’ai moins confiance quand je parle français, témoigne-t-elle. C’était un peu plus difficile au début de la session pour comprendre le vocabulaire en anglais, parce que j’ai toujours étudié en français. Mais je suis plus à l’aise en anglais. »

 

D’autres sont heureux de poursuivre leur scolarité en français. Le français peut leur donner accès à une plus grande possibilité d’emplois au sud de la province. Parler trois langues peut également constituer un atout au Nunavik, territoire officiellement trilingue. « Nos amis qui étudient en anglais nous disent qu’on est chanceux d’étudier en français », témoignent des étudiantes du Collège Montmorency.

 

Un changement d’approche

 

Le Collège Montmorency est un nouvel environnement ayant plus de ressources, se réjouit Mme Morin. Afin de préparer les jeunes aux exigences d’un programme régulier, le cégep a créé un programme « tampon » pour les Inuits du Nunavik.

 

L’an dernier, les élèves ont eu une session d’études avec des cours de français et de préparation aux études collégiales. En août, la première cohorte a commencé le nouveau programme « Tremplin DEC », d’une durée d’un an. « Ils ont deux cours de 90 heures de français à la première session, puis un cours de 60 heures à la deuxième session », souligne Renaud Bellemare, directeur adjoint au service du développement pédagogique et de la réussite du collège.

 

Une formation qui suscite diverses réactions chez les étudiants. « Je perds un an, alors que je pourrais déjà étudier dans mon programme », croit Sarah, qui veut devenir policière. Louisa et Akinisie, quant à elles, sont contentes d’améliorer leur français grâce au nouveau programme.

 

Du pain sur la planche

 

Qu’est-ce qu’on devrait faire pour améliorer la maîtrise du français dans les écoles ? « On pourrait, si on avait les ressources disponibles, intégrer l’apprentissage de l’inuktitut à l’école le plus longtemps possible, croit M. Bertrand. Il y a des études qui montrent que l’apprentissage de la langue maternelle sur le long terme est un facteur qui aide à apprendre une langue seconde. » C’est d’ailleurs ce vers quoi tend le gouvernement du Nunavut, qui s’est engagé à instaurer l’éducation bilingue de la maternelle à la 12e année à partir de 2019, informe-t-il.

 

De plus amples ressources sont nécessaires en amont, au Nunavik, croit de son côté Mme Morin. Des ressources pour les logements, les services à la petite enfance, les services de la santé et sociaux. « C’est souvent autour de l’éducation que les problèmes et les manques dans la communauté se cristallisent, opine Jade Bernier, porte-parole de la Commission scolaire Kativik. Ce qu’on vit dans le milieu de l’éducation, ce sont les répercussions de ce qui se vit dans la communauté. »

 

En attendant, dix-huit Inuits poursuivent leurs études au Collège Montmorency dans divers programmes, comme les arts visuels, le cinéma et la dentisterie. Plusieurs viennent de commencer le Tremplin DEC. D’autres ont considérablement amélioré leur maîtrise du français depuis leur arrivée. « J’ai espoir avec cette cohorte, dit M. St-Amour, confiant. On va voir ce qui va se passer. »

Étudier en français, un grand défi pour les Inuits du Nunavik
13 novembre 2017 écrit par Le Devoir

Étudier en français ou en anglais ? Les Inuits du nord du Québec peuvent poursuivre leurs études collégiales dans l’une des deux langues officielles du Canada, un choix qui peut s’avérer déterminant pour leur avenir.

« Ce sont des survivors, la crème de la crème du Nunavik ! » s’exclame avec fierté Marie-Hélène Morin, conseillère pédagogique au Collège Montmorency, en faisant référence à la poignée d’étudiants inuits du cégep. Les étudiants viennent du Nunavik, un territoire pratiquement aussi grand que l’Espagne situé au nord du Québec, où 83 % des élèves décrochent avant d’avoir terminé leur secondaire.

 

Au Nunavik, la moitié des élèves du primaire et du secondaire étudient en français ; l’autre moitié, en anglais. Mais la proportion des élèves francophones chute au postsecondaire. Au cours des quatre dernières années, la proportion d’Inuits inscrits dans des institutions francophones variait entre 15 et 28 %, selon la Commission scolaire Kativik, qui chapeaute les écoles du Nunavik et encadre les étudiants inuits au cégep et à l’université, « au sud ».

 

Jusqu’en 2015, la majorité des étudiants inuits du secteur francophone du Nunavik allaient au Cégep Marie-Victorin, dans le nord-est de Montréal. « En vingt-trois ans, il y a eu sept diplômés seulement », indique Mme Morin. Un nombre équivalant au nombre de diplômés de l’année 2015 au Collège John Abbott, à Montréal, où étudient la majorité des collégiens inuits du secteur anglophone.

 

Depuis deux ans, la majorité des Inuits « francophones » étudient au Collège Montmorency, à Laval.

 

Une transition brutale

 

« Les étudiants arrivent au cégep avec un faible niveau de français », observe Sylvain St-Amour, professeur de français au Collège Montmorency, à Laval. Les étudiants ont du mal à tenir une conversation. Ils ont parfois de la difficulté à comprendre les consignes. Mais comment est-ce possible, s’ils étudient en français depuis la 4e année du primaire ?

 

Le français est la troisième langue au Nunavik, derrière l’inuktitut, la langue maternelle, et l’anglais, la langue courante. « Le français est une langue scolaire, explique Nicolas Bertrand, auteur de L’école à la dérive, un essai sur l’éducation au Nunavik. Même s’ils sont scolarisés en français pendant neuf ans, les élèves n’ont pas l’occasion de parler en français en dehors de l’école. » De fait, pour relever ce défi, ce sont généralement les élèves les plus doués à l’école qui sont encouragés à poursuivre leurs études en français.

 

Si apprendre une troisième langue constitue déjà un défi en soi, le faire dans le contexte particulier du Nunavik rend la chose encore plus difficile. Absentéisme, charge de travail plus faible et absence de devoirs, manque de ressources, problèmes sociaux, grand roulement du personnel, majoritairement composé de non-Inuits qui en sont généralement à leur première expérience d’enseignement… La liste des facteurs nuisant à l’apprentissage et recensés dans l’essai de M. Bertrand est encore longue.

image Étudier en français, un grand défi pour les Inuits du NunavikPhoto: Miriane Demers-Lemay Le Devoir
Des étudiantes du Nunavik discutent à l’extérieur des résidences du Collège Montmorency.

 

Au cégep, la barrière de la langue s’ajoute aux nombreux défis associés à la transition brutale entre le nord et le sud. Les étudiants du Nunavik doivent apprendre à fonctionner dans une culture complètement différente, loin de leur famille. Ils doivent gérer leur budget, payer leur cellulaire, prendre l’autobus, planifier leurs repas. Ils doivent aussi apprendre à être ponctuels, à faire leurs devoirs et à supporter une charge de travail beaucoup plus élevée qu’au nord. De fait, le nombre d’étudiants inscrits au Collège John Abbott a fondu de près de moitié entre les sessions d’automne et d’hiver de 2015 et 2016.

 

Cette année, quatre étudiantes « francophones » du Nunavik ont décidé de poursuivre leurs études collégiales en anglais. C’est le cas de Joanna Cooper, de Kuujjuaq, qui a décidé de faire ses sciences pures au Collège John Abbott. « J’ai moins confiance quand je parle français, témoigne-t-elle. C’était un peu plus difficile au début de la session pour comprendre le vocabulaire en anglais, parce que j’ai toujours étudié en français. Mais je suis plus à l’aise en anglais. »

 

D’autres sont heureux de poursuivre leur scolarité en français. Le français peut leur donner accès à une plus grande possibilité d’emplois au sud de la province. Parler trois langues peut également constituer un atout au Nunavik, territoire officiellement trilingue. « Nos amis qui étudient en anglais nous disent qu’on est chanceux d’étudier en français », témoignent des étudiantes du Collège Montmorency.

 

Un changement d’approche

 

Le Collège Montmorency est un nouvel environnement ayant plus de ressources, se réjouit Mme Morin. Afin de préparer les jeunes aux exigences d’un programme régulier, le cégep a créé un programme « tampon » pour les Inuits du Nunavik.

 

L’an dernier, les élèves ont eu une session d’études avec des cours de français et de préparation aux études collégiales. En août, la première cohorte a commencé le nouveau programme « Tremplin DEC », d’une durée d’un an. « Ils ont deux cours de 90 heures de français à la première session, puis un cours de 60 heures à la deuxième session », souligne Renaud Bellemare, directeur adjoint au service du développement pédagogique et de la réussite du collège.

 

Une formation qui suscite diverses réactions chez les étudiants. « Je perds un an, alors que je pourrais déjà étudier dans mon programme », croit Sarah, qui veut devenir policière. Louisa et Akinisie, quant à elles, sont contentes d’améliorer leur français grâce au nouveau programme.

 

Du pain sur la planche

 

Qu’est-ce qu’on devrait faire pour améliorer la maîtrise du français dans les écoles ? « On pourrait, si on avait les ressources disponibles, intégrer l’apprentissage de l’inuktitut à l’école le plus longtemps possible, croit M. Bertrand. Il y a des études qui montrent que l’apprentissage de la langue maternelle sur le long terme est un facteur qui aide à apprendre une langue seconde. » C’est d’ailleurs ce vers quoi tend le gouvernement du Nunavut, qui s’est engagé à instaurer l’éducation bilingue de la maternelle à la 12e année à partir de 2019, informe-t-il.

 

De plus amples ressources sont nécessaires en amont, au Nunavik, croit de son côté Mme Morin. Des ressources pour les logements, les services à la petite enfance, les services de la santé et sociaux. « C’est souvent autour de l’éducation que les problèmes et les manques dans la communauté se cristallisent, opine Jade Bernier, porte-parole de la Commission scolaire Kativik. Ce qu’on vit dans le milieu de l’éducation, ce sont les répercussions de ce qui se vit dans la communauté. »

 

En attendant, dix-huit Inuits poursuivent leurs études au Collège Montmorency dans divers programmes, comme les arts visuels, le cinéma et la dentisterie. Plusieurs viennent de commencer le Tremplin DEC. D’autres ont considérablement amélioré leur maîtrise du français depuis leur arrivée. « J’ai espoir avec cette cohorte, dit M. St-Amour, confiant. On va voir ce qui va se passer. »

Étudier en français, un grand défi pour les Inuits du Nunavik
12 novembre 2017 écrit par Le Devoir

Étudier en français ou en anglais ? Les Inuits du nord du Québec peuvent poursuivre leurs études collégiales dans l’une des deux langues officielles du Canada, un choix qui peut s’avérer déterminant pour leur avenir.

« Ce sont des survivors, la crème de la crème du Nunavik ! » s’exclame avec fierté Marie-Hélène Morin, conseillère pédagogique au Collège Montmorency, en faisant référence à la poignée d’étudiants inuits du cégep. Les étudiants viennent du Nunavik, un territoire pratiquement aussi grand que l’Espagne situé au nord du Québec, où 83 % des élèves décrochent avant d’avoir terminé leur secondaire.

 

Au Nunavik, la moitié des élèves du primaire et du secondaire étudient en français ; l’autre moitié, en anglais. Mais la proportion des élèves francophones chute au postsecondaire. Au cours des quatre dernières années, la proportion d’Inuits inscrits dans des institutions francophones variait entre 15 et 28 %, selon la Commission scolaire Kativik, qui chapeaute les écoles du Nunavik et encadre les étudiants inuits au cégep et à l’université, « au sud ».

 

Jusqu’en 2015, la majorité des étudiants inuits du secteur francophone du Nunavik allaient au Cégep Marie-Victorin, dans le nord-est de Montréal. « En vingt-trois ans, il y a eu sept diplômés seulement », indique Mme Morin. Un nombre équivalant au nombre de diplômés de l’année 2015 au Collège John Abbott, à Montréal, où étudient la majorité des collégiens inuits du secteur anglophone.

 

Depuis deux ans, la majorité des Inuits « francophones » étudient au Collège Montmorency, à Laval.

 

Une transition brutale

 

« Les étudiants arrivent au cégep avec un faible niveau de français », observe Sylvain St-Amour, professeur de français au Collège Montmorency, à Laval. Les étudiants ont du mal à tenir une conversation. Ils ont parfois de la difficulté à comprendre les consignes. Mais comment est-ce possible, s’ils étudient en français depuis la 4e année du primaire ?

 

Le français est la troisième langue au Nunavik, derrière l’inuktitut, la langue maternelle, et l’anglais, la langue courante. « Le français est une langue scolaire, explique Nicolas Bertrand, auteur de L’école à la dérive, un essai sur l’éducation au Nunavik. Même s’ils sont scolarisés en français pendant neuf ans, les élèves n’ont pas l’occasion de parler en français en dehors de l’école. » De fait, pour relever ce défi, ce sont généralement les élèves les plus doués à l’école qui sont encouragés à poursuivre leurs études en français.

 

Si apprendre une troisième langue constitue déjà un défi en soi, le faire dans le contexte particulier du Nunavik rend la chose encore plus difficile. Absentéisme, charge de travail plus faible et absence de devoirs, manque de ressources, problèmes sociaux, grand roulement du personnel, majoritairement composé de non-Inuits qui en sont généralement à leur première expérience d’enseignement… La liste des facteurs nuisant à l’apprentissage et recensés dans l’essai de M. Bertrand est encore longue.

image Étudier en français, un grand défi pour les Inuits du NunavikPhoto: Miriane Demers-Lemay Le Devoir
Des étudiantes du Nunavik discutent à l’extérieur des résidences du Collège Montmorency.

 

Au cégep, la barrière de la langue s’ajoute aux nombreux défis associés à la transition brutale entre le nord et le sud. Les étudiants du Nunavik doivent apprendre à fonctionner dans une culture complètement différente, loin de leur famille. Ils doivent gérer leur budget, payer leur cellulaire, prendre l’autobus, planifier leurs repas. Ils doivent aussi apprendre à être ponctuels, à faire leurs devoirs et à supporter une charge de travail beaucoup plus élevée qu’au nord. De fait, le nombre d’étudiants inscrits au Collège John Abbott a fondu de près de moitié entre les sessions d’automne et d’hiver de 2015 et 2016.

 

Cette année, quatre étudiantes « francophones » du Nunavik ont décidé de poursuivre leurs études collégiales en anglais. C’est le cas de Joanna Cooper, de Kuujjuaq, qui a décidé de faire ses sciences pures au Collège John Abbott. « J’ai moins confiance quand je parle français, témoigne-t-elle. C’était un peu plus difficile au début de la session pour comprendre le vocabulaire en anglais, parce que j’ai toujours étudié en français. Mais je suis plus à l’aise en anglais. »

 

D’autres sont heureux de poursuivre leur scolarité en français. Le français peut leur donner accès à une plus grande possibilité d’emplois au sud de la province. Parler trois langues peut également constituer un atout au Nunavik, territoire officiellement trilingue. « Nos amis qui étudient en anglais nous disent qu’on est chanceux d’étudier en français », témoignent des étudiantes du Collège Montmorency.

 

Un changement d’approche

 

Le Collège Montmorency est un nouvel environnement ayant plus de ressources, se réjouit Mme Morin. Afin de préparer les jeunes aux exigences d’un programme régulier, le cégep a créé un programme « tampon » pour les Inuits du Nunavik.

 

L’an dernier, les élèves ont eu une session d’études avec des cours de français et de préparation aux études collégiales. En août, la première cohorte a commencé le nouveau programme « Tremplin DEC », d’une durée d’un an. « Ils ont deux cours de 90 heures de français à la première session, puis un cours de 60 heures à la deuxième session », souligne Renaud Bellemare, directeur adjoint au service du développement pédagogique et de la réussite du collège.

 

Une formation qui suscite diverses réactions chez les étudiants. « Je perds un an, alors que je pourrais déjà étudier dans mon programme », croit Sarah, qui veut devenir policière. Louisa et Akinisie, quant à elles, sont contentes d’améliorer leur français grâce au nouveau programme.

 

Du pain sur la planche

 

Qu’est-ce qu’on devrait faire pour améliorer la maîtrise du français dans les écoles ? « On pourrait, si on avait les ressources disponibles, intégrer l’apprentissage de l’inuktitut à l’école le plus longtemps possible, croit M. Bertrand. Il y a des études qui montrent que l’apprentissage de la langue maternelle sur le long terme est un facteur qui aide à apprendre une langue seconde. » C’est d’ailleurs ce vers quoi tend le gouvernement du Nunavut, qui s’est engagé à instaurer l’éducation bilingue de la maternelle à la 12e année à partir de 2019, informe-t-il.

 

De plus amples ressources sont nécessaires en amont, au Nunavik, croit de son côté Mme Morin. Des ressources pour les logements, les services à la petite enfance, les services de la santé et sociaux. « C’est souvent autour de l’éducation que les problèmes et les manques dans la communauté se cristallisent, opine Jade Bernier, porte-parole de la Commission scolaire Kativik. Ce qu’on vit dans le milieu de l’éducation, ce sont les répercussions de ce qui se vit dans la communauté. »

 

En attendant, dix-huit Inuits poursuivent leurs études au Collège Montmorency dans divers programmes, comme les arts visuels, le cinéma et la dentisterie. Plusieurs viennent de commencer le Tremplin DEC. D’autres ont considérablement amélioré leur maîtrise du français depuis leur arrivée. « J’ai espoir avec cette cohorte, dit M. St-Amour, confiant. On va voir ce qui va se passer. »

Relations avec les professeurs: l’Université Laval tempère les inquiétudes
11 novembre 2017 écrit par Le Devoir

La direction de l’Université Laval a fait valoir vendredi que les tensions entre les étudiants de cycles supérieurs et leurs directeurs de recherche ne sont pas un problème qui lui est propre, mais qu’elle allait se pencher sur les résultats du sondage dont Le Devoir faisait état vendredi matin.

 

« Tous les deux ans, il y a une enquête pancanadienne sur les taux de satisfaction des étudiants aux cycles supérieurs […] Les taux de satisfaction des étudiants de Laval sont supérieurs à ceux de la moyenne canadienne », a souligné le vice-recteur Robert Beauregard.

 

« Donc, pour les gens qui pensent qu’il se passe quelque chose de spécial à Laval, je ne pense pas que ce soit une réalité. »

 

Vendredi, Le Devoir rendait publics les résultats préliminaires d’un sondage mené auprès des étudiants aux études supérieures de l’Université Laval. Parmi les répondants, 58 % disaient avoir vécu des situations inconfortables ou s’être sentis vulnérables « quelques fois » avec leur directeur (ou directrice) alors que 16 % affirment que cela s’était produit « régulièrement ».

 

Transmis aux 11 000 membres de l’Association des étudiantes et des étudiants de Laval inscrits aux études supérieures (AELIES), ce sondage non probabiliste a recueilli environ un millier de réponses.

 

Selon M. Beauregard, quoiqu’intéressants, ces résultats demeurent flous. « La question est très, très large. “Malaise” ou “inconfort”, ça peut comprendre beaucoup, beaucoup de choses. »

 

L’Université, a-t-il dit, attend la diffusion des résultats détaillés de l’étude pour tirer des conclusions et ajoute que « quand les gens expriment ça, il faut s’en préoccuper ».

Les tensions prof-étudiant se révèlent à l’Université Laval
10 novembre 2017 écrit par Le Devoir

Intimidation, vol d’idées, insultes… À l’Université Laval, près des trois quarts des étudiants de deuxième et troisième cycle disent s’être déjà sentis vulnérables ou mal à l’aise vis-à-vis de leur directeur de mémoire ou de thèse.

 

Telles sont les conclusions d’un sondage réalisé par l’Association des étudiants inscrits aux études supérieures de l’Université Laval (AELIES), dont les résultats préliminaires ont été rendus publics jeudi.

 

La consultation révèle que 58 % des étudiants disent avoir vécu des situations inconfortables « quelques fois » avec leur directeur (ou directrice), alors que 16 % affirment que cela se produit « régulièrement ». À titre d’exemple, certains ont évoqué de l’intimidation, des menaces, des vols de données, d’idées ou encore des insultes.

 

Situation préoccupante

 

Sans parler de « crise », le président de l’Association ne cache pas son inquiétude. « C’est quand même 74 % des répondants qui disent avoir vécu de la vulnérabilité, note le président de l’AELIES, Pierre Parent-Sirois. C’est très préoccupant . Moi, je fais souvent le parallèle avec les affaires Rozon et Salvail dans le milieu culturel. Dès qu’il y a une relation de pouvoir, il se crée en parallèle une relation de vulnérabilité. »

 

Environ 10 % des membres de l’AELIES (près de 1000 personnes) ont répondu au sondage au cours du mois d’octobre. Les questions ne portaient pas spécifiquement sur le harcèlement sexuel, qui défraie la chronique depuis des mois, mais visaient à documenter les vulnérabilités au sens large.

 

L’AELIES a décidé de mener ce sondage après la publication d’une étude de l’Association des étudiants gradués de sciences et génie sur les conditions de travail des étudiants de deuxième et troisième cycle. « On a voulu étendre l’étude de cela à tout le campus », a expliqué M. Parent-Sirois.

 

Parmi les répondants, 53 % sont au doctorat et 47 % à la maîtrise. Les étudiants en sciences et génie et en sciences sociales sont ceux qui ont le plus participé, suivis de ceux en lettres et en sciences humaines (15,7 %) et enfin de ceux en médecine (10 %).

 

Du harcèlement psychologique

 

Au-delà des inconforts, l’AELIES a cherché à savoir par le sondage à quelle fréquence les étudiants pouvaient parler à leur directeur et avoir « des rétroactions » de leur part (au moins une fois par mois dans 58 % des cas).

 

On a en outre voulu voir si les « ententes d’encadrement » signées par le directeur et son étudiant aidaient à prévenir les inconforts et les conflits.

 

Ces ententes, devenues obligatoires dans plusieurs domaines, visent à préciser les obligations du professeur et de son étudiant l’un vis-à-vis de l’autre et le cadre des recherches qu’ils mèneront ensemble s’il y a lieu (fréquence des rencontres, financement de la recherche, échéancier, etc.).

 

Le sondage suggère que de telles ententes ont un impact positif sur la relation et la progression du travail dans 70 % des cas. « S’il y a une base pour discuter, il y a beaucoup moins de facteurs de risques », note la directrice du Centre de prévention en matière de harcèlement (CPIMH), Josée Laprade, qui assistait jeudi à la présentation.

 

Pour Mme Laprade, les données du sondage portant sur la « vulnérabilité » ne sont pas si surprenantes. « Dans mon bureau, des problèmes, on en voit beaucoup […] Je me doutais qu’il y avait un malaise à ce niveau-là. Je suis contente de le voir chiffré, parce qu’une fois qu’on chiffre un problème, on peut le travailler davantage. » La directrice du CPIMH ajoute qu’elle évoque cette question « chaque année » dans son rapport annuel.

 

Si elle se fie aux signalements reçus au Centre, les « inconforts » dont fait état le sondage ne sont pas majoritairement de nature sexuelle, mais relèvent plutôt « du harcèlement psychologique, du conflit ou de l’incivilité ». « Des gestes à connotation sexuelle, du harcèlement sexuel, il y en a, mais ce n’est pas la majorité des cas. »

 

Les résultats dévoilés jeudi sont préliminaires. L’association étudiante doit maintenant analyser les données qualitatives et les commentaires reçus et croiser certaines données pour savoir, par exemple, si les inconforts sont plus courants ou non chez les femmes ou encore les étudiants étrangers. Lors de la présentation, un étudiant dans la salle a aussi émis l’hypothèse que les relations devenaient plus tendues avec le temps.

 

De l’éducation à faire… chez les professeurs

 

Le dévoilement de ce sondage survient quelques jours après le dépôt du projet de loi sur les violences sexuelles par la ministre de l’Enseignement supérieur, Hélène David. Il s’agit d’un projet de loi qui prévoit notamment la mise en place d’un code de conduite pour les professeurs qui ont des relations intimes avec leurs étudiants.

 

Cette proposition est la bienvenue, pour Mme Laprade. « Je suis contente que la ministre soit allée dans cette zone-là. On ne se contente pas de dire comment ça va être administré. On vient dire ce qui est acceptable et ce qui ne l’est pas. Ça devient très, très concret. Ça nous donne du matériel pour intervenir et faire de l’éducation », explique-t-elle.

 

Beaucoup d’enseignants sont inconscients des torts qu’ils peuvent causer aux étudiants, poursuit-elle. « Il y a de l’éducation à faire. Ce n’est pas parce que tu es professeur que tu sais tout. Oui, tu es spécialiste dans ton domaine, tu as ton Ph. D., tu es un chercheur réputé… Ça, c’est une chose. Mais la démarche d’encadrement [d’un étudiant ou d’une étudiante], c’est une relation où l’étudiant est vulnérable vis-à-vis du professeur. Et ça demande énormément de bienveillance, le sentiment que tu dois prendre soin de la personne. On doit rendre les professeurs conscients de ça davantage. »


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