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Des profs du collège de Maisonneuve se censurent
21 février 2018 écrit par Le Devoir

Un malaise « très profond » s’empare de la profession d’enseignant : des professeurs pratiquent l’autocensure pour éviter de heurter les croyances religieuses ou culturelles de leurs étudiants. Ils passent sous silence des oeuvres traitant de sexualité, de nudité ou de maladie mentale par crainte de déclencher une controverse explosive.

 

Ce constat troublant fait partie d’un rapport sur le « vivre-ensemble » au collège de Maisonneuve, rendu public vendredi. Ce cégep de l’est de Montréal a été un lieu de radicalisation d’étudiants qui se sont rendus faire le djihad en Syrie depuis trois ans.

 

Les tensions religieuses se sont calmées dans l’établissement de 7000 étudiants, qui a pris une série de mesures pour faire revenir la paix entre ses murs. Un projet-pilote sur le vivre-ensemble, qui vient de s’achever, a cependant mis en lumière un réel malaise chez les enseignants du collège.

 

« Le principal problème réside dans le fait que plusieurs enseignants déclarent avoir adopté au fil du temps (surtout depuis une dizaine d’années) une forme d’autocensure et avoir évité de la sorte d’être indisposés par des affrontements d’ordre culturel ou religieux. Par exemple, des contenus particuliers peuvent être survolés, des oeuvres significatives non abordées, des remarques humoristiques mises au rancart, etc. », indique le bilan du projet-pilote sur le vivre-ensemble.

 

« On ne peut s’empêcher de remarquer ici que, dans la plupart des cas, ces modifications sont effectuées par anticipation, et pas nécessairement à la suite d’un incident de nature interculturelle. L’expression “j’achète la paix” est, à cet égard, symptomatique. Si la menace n’est pas toujours réelle, le malaise, quant à lui, est très profond et rappelle à certains enseignants des périodes où la censure et la mise à l’index avaient pignon sur rue. L’enjeu est loin d’être dérisoire », poursuit le document.

 

La diversité culturelle et religieuse est en partie à l’origine du malaise. Environ la moitié des étudiants du collège de Maisonneuve sont des immigrants de première ou deuxième génération. Les étudiants ou leurs parents sont nés à l’étranger.

 

Le rapport note que les jeunes sont à l’aise avec la diversité. C’est la réalité de Montréal : ils ont grandi en côtoyant des amis de toutes les origines. Ce sont les relations avec des adultes (notamment les professeurs) qui donnent lieu à des tensions, explique le document de 98 pages.

 

Une forme de bien-pensance qui gagne les campus du Canada suscite aussi la méfiance des professeurs. Le Devoir rappelait cette semaine le chemin de croix d’une chargée de cours de l’université ontarienne Wilfrid-Laurier qui a eu le malheur de projeter en classe une émission d’affaires publiques mettant en vedette Jordan Peterson, professeur et auteur très controversé. Elle a été sermonnée par trois supérieurs qui l’avaient convoquée. Elle a finalement eu droit à des excuses, après avoir été crucifiée sur la place publique.

 

Rectitude politique

 

Guy Gibeau, directeur des études au collège (et l’un des trois auteurs du rapport), avoue avoir été surpris par l’autocensure des enseignants. « C’est quelque chose qu’on n’avait pas vu. Il va falloir qu’on y réfléchisse. Les professeurs disent : “Ça ne me tente pas de lancer des débats interminables. J’achète la paix à l’avance” », explique-t-il.

 

« On encourage les professeurs à ne pas se censurer, ajoute-t-il. On vient de se rendre compte du problème. On va certainement en parler et essayer de trouver des solutions. »

 

Le danger est d’aseptiser l’enseignement, d’omettre des oeuvres qui dérangent, de sombrer dans la rectitude politique. « Si le patrimoine intellectuel occidental existe pour soutenir l’école québécoise dans la formation des prochaines générations, générations dont on souhaite l’épanouissement de la pensée critique, il serait inopportun de sélectionner les références-clés de façon à acheter la paix », indique le rapport.

 

Le collège de Maisonneuve a mis au jour le phénomène de l’autocensure tout simplement parce qu’il a pris la peine de consulter toute la communauté de l’établissement, soutient Guy Gibeau. Il est convaincu que les leçons du projet-pilote sur le vivre-ensemble peuvent s’appliquer à tous les cégeps et universités. « Les gens ont parlé parce qu’on leur a posé des questions en toute candeur. »

 

La place de l’islam

 

Contrairement à la croyance populaire, le hidjab donne lieu à peu de tensions au collège de Maisonneuve. Des professeurs d’éducation physique disent craindre que le port du hidjab entraîne des blessures, pour la jeune femme ou pour la classe. Des professeurs ont craint que le hidjab puisse cacher des écouteurs durant un examen. Les profs peuvent faire toutes les vérifications nécessaires, indique le rapport.

 

Des restrictions alimentaires — pas de porc ou d’alcool — ont causé des tensions au département de diététique. « Cela dit, il convient de le préciser, ces défis d’accommodement ne sont pas nécessairement plus nombreux ou plus aigus que ceux générés par des allergies alimentaires ou des convictions végétariennes », indique le rapport.

 

Malgré le peu d’incidents récents, « de nombreux enseignants issus de divers départements considèrent que l’islam est beaucoup trop visible au collège », précise le rapport. Il est vrai que des tensions sont survenues au cours des dernières années : le collège a rompu ses liens avec le prédicateur Adil Charkaoui. La transformation d’une cage d’escalier en un lieu de prière a soulevé la controverse. Des tensions sont survenues à la bibliothèque.

 

Le projet-pilote de 400 000 $ sur le vivre-ensemble, financé par Québec, a permis d’embaucher trois travailleurs de corridor (le contrat d’un de ces travailleurs a été prolongé) et un psychothérapeute en relation interculturelle, dans le but de soutenir les étudiants qui éprouvent des difficultés de nature identitaire. Le collège a organisé une série d’événements pour aider les gens de différentes cultures à se rapprocher et pour inciter les professeurs et étudiants à prendre la parole. La ministre Hélène David a annoncé vendredi un financement supplémentaire de 300 000 $ pour aider les autres cégeps et universités à s’inspirer des recommandations du collège de Maisonneuve sur le vivre-ensemble.

Aux cégeps de l’échec
20 février 2018 écrit par La Presse

Bien que certains cégeps comptent jusqu’à un élève sur cinq qui échouent à la moitié de leurs cours et bien que des millions en aide particulière soient dépensés, le ministère de l’Éducation ne fait pas de suivi de la situation.

Aux 48 cégeps publics de la province, on a posé la question suivante (sur une période de 10 ans) : combien de vos élèves ont de ces « contrats de réussite » que doivent signer tous ceux qui, à la session précédente, ont échoué à au moins la moitié de leurs cours ?

Au total, 34 cégeps représentant 115 227 élèves nous ont transmis leurs données.

En moyenne, dans cet échantillon, 10 % des effectifs se trouvaient dans cette situation à l’hiver 2016 (la session utilisée comme référence) avec des pointes de près de 20 % à certains endroits, comme aux cégeps de Valleyfield et d’Ahuntsic.

Fait à noter, certains cégeps (Lionel-Groulx, le cégep de l’Outaouais) n’ont jamais répondu à la demande d’accès à l’information.

Quelques cégeps (Bois-de-Boulogne, Granby, Gaspésie-les-Îles) nous ont dit ne pas colliger de données sur ces « contrats de réussite » signés par les élèves en situation d’échec.

Au ministère de l’Éducation, la réponse a été la même. « Après plusieurs vérifications, indique la porte-parole Esther Chouinard, nous ne possédons aucune information sur les contrats de réussite du cégep. Ces contrats sont entre l’établissement et l’étudiant. »

LA SUITE DE LA « TAXE À L’ÉCHEC »

Les « contrats de réussite » ont été mis en place dans la foulée de l’abandon de la « taxe à l’échec » qui, entre 1997 et 2003, prévoyait l’imposition de frais de 2 $ par heure de cours échoué. Par exemple, un cours de 45 heures coûtait 90 $ à l’élève qui n’avait pas eu la note de passage.

Si le cégépien n’a plus à vider son petit cochon en cas d’échec, celui qui n’a pas la moyenne dans la moitié de ses cours doit néanmoins promettre de faire mieux.

La clémence varie d’un cégep à l’autre : certains suspendent pour une session celui qui échoue à la moitié de ses cours une deuxième fois ; d’autres attendent que cela se soit produit quatre fois avant de sévir.

La réponse transmise par le cégep de l’Abitibi-Témiscamingue témoigne aussi de balises fluctuantes au fil des ans.

À ce cégep, on nous a répondu qu’entre 2010-2011 et 2016-2017, on est passé de 245 « contrats de réussite » en 2010-2011 – des élèves en situation d’échec, quoi – à 110 en 2016-2017.

En toute transparence, au bas du tableau, on nous a fait remarquer qu’il n’y avait pas eu de miracle. Avant 2012-2013, les élèves étaient sous contrat de réussite lorsqu’ils avaient 40 % d’échecs ou plus, nous précise-t-on. Depuis, un cégépien doit avoir échoué à 50 % ou plus de cours pour recevoir un avertissement sous forme de contrat de réussite.

DES EFFECTIFS À MAINTENIR À FLOT

Au cégep de Valleyfield, Anne-Marie Lefebvre, directrice des affaires corporatives, résume la situation qui vaut pour son établissement comme pour tant d’autres.

« Les cégeps sont financés par tête d’étudiant. Si on a 2100 étudiants et que la session suivante, on n’en a plus que 1700, on ne survivrait pas », dit Mme Lefebvre.

Mme Lefebvre relève que le nombre d’emplois, entre autres choses, est corrélé au nombre d’élèves.

Il y a donc nécessairement « ce souci d’avoir un effectif étudiant suffisant » alors que la démographie joue contre les cégeps.

Au cours des dernières années, il y a eu une certaine baisse des critères d’admission. « Mais en même temps, on ne peut pas trop les abaisser, fait remarquer Mme Lefebvre. Parce que s’ils entrent, les étudiants doivent aussi ressortir, et être diplômés. »

Il faut donc, dit-elle, « trouver un point d’équilibre ».

Si notre demande d’accès à l’information ne portait que sur les cégeps publics, le son de cloche d’un directeur adjoint d’un cégep privé qui a demandé à rester anonyme pour ne pas nuire à la réputation de son cégep porte à croire que le tableau n’est pas si différent de ce côté.

« Chez nous aussi, on a légèrement baissé les critères d’admission », dit-il, relevant le fait qu’il n’y a pas « de financement garanti » et qu’il est nécessaire de faire le plein d’élèves.

Dans ce cégep, indique-t-il, on offre désormais des cours de mise à niveau en mathématiques pour ceux qui sont admis en administration sans avoir les préalables, ce qui aurait été impensable il y a quelques années.

Les cégeps n’ont pas oublié qu’il y a un peu plus d’un an, « le Conservatoire Lassalle a dû mettre la clé dans la porte », relève ce directeur.

Le Conservatoire Lassalle a en effet déclaré faillite, expliquant que les baisses démographiques importantes au collégial avaient eu raison de lui.

Charles Duffy, directeur des études par intérim au collège Ahuntsic, explique que le ministère de l’Éducation « a assoupli il y a quelques années les conditions d’accès au collégial ».

Dans la mesure où les élèves répondent à ces nouveaux paramètres, « nos valeurs nous amènent à favoriser l’accessibilité aux études supérieures. Dès qu’il y a de la place dans les programmes d’études, on ne discrimine pas ».

UNE ADAPTATION POUR LES ENSEIGNANTS

S’adapter à la force de chacun, « ça fait partie de la job de prof », dit Lucie Piché, présidente de la Fédération des enseignants de cégep.

Cela étant dit, « la faiblesse de certains dossiers, ajoutée aux particularités des étudiants en situation de handicap, vient certes alourdir la tâche. Des copies sont plus longues à corriger, il faut de l’encadrement supplémentaire, voire, parfois, un investissement émotif particulier ».

Dans les cégeps, les centres d’aide pour élèves en difficulté se multiplient, tout comme les libérations de professeurs appelés de plus en plus à se consacrer aux besoins particuliers de ces jeunes.

Cela ne signifie pas que ceux qui échouent ne devraient pas se trouver là, fait observer Carole Lavallée, directrice des études au cégep de Saint-Laurent.

Dans plusieurs cas, fait-elle observer, l’échec est avant tout la résultante d’un manque de maturité ou de motivation. « Ils arrivent du secondaire, ils ont des trous à l’horaire et ils ne comprennent pas qu’ils doivent y mettre l’effort », signale Mme Lavallée.

Il y a aussi le cas de ces nombreux cégépiens « qui ne réussissent pas parce qu’ils décident de ne plus suivre leurs cours ou parce qu’ils n’aiment pas leur prof. Plusieurs étudiants ne sont pas tout à fait sortis de l’adolescence et ils ont beaucoup la pensée magique ».

Mais ne sont-ils pas préoccupés par leur cote R ? Ceux qui veulent aller à l’université, oui, mais pour plusieurs autres, ce n’est pas une si grosse préoccupation, relève Mme Lavallée.

« Pour nous, le contrat de réussite, c’est le coup de semonce qui vise à les remettre sur les rails », dit Mme Lavallée.

Dans plusieurs cas, les jeunes retrouveront leur cap. Dans d’autres, non.

« Mais quand même, de recevoir une formation, ce n’est jamais vain, relève Mme Lefebvre, du cégep de Valleyfield. Bien sûr, il faut avoir des bases minimales, mais il faut accommoder le plus grand nombre d’étudiants possible. »

Après tout, à l’école secondaire, un jeune peut très bien avoir vécu une adolescence difficile qui aura nui à ses notes, malgré un très bon potentiel.

– Avec William Leclerc, La Presse

Des profs du collège de Maisonneuve se censurent
20 février 2018 écrit par Le Devoir

Un malaise « très profond » s’empare de la profession d’enseignant : des professeurs pratiquent l’autocensure pour éviter de heurter les croyances religieuses ou culturelles de leurs étudiants. Ils passent sous silence des oeuvres traitant de sexualité, de nudité ou de maladie mentale par crainte de déclencher une controverse explosive.

 

Ce constat troublant fait partie d’un rapport sur le « vivre-ensemble » au collège de Maisonneuve, rendu public vendredi. Ce cégep de l’est de Montréal a été un lieu de radicalisation d’étudiants qui se sont rendus faire le djihad en Syrie depuis trois ans.

 

Les tensions religieuses se sont calmées dans l’établissement de 7000 étudiants, qui a pris une série de mesures pour faire revenir la paix entre ses murs. Un projet-pilote sur le vivre-ensemble, qui vient de s’achever, a cependant mis en lumière un réel malaise chez les enseignants du collège.

 

« Le principal problème réside dans le fait que plusieurs enseignants déclarent avoir adopté au fil du temps (surtout depuis une dizaine d’années) une forme d’autocensure et avoir évité de la sorte d’être indisposés par des affrontements d’ordre culturel ou religieux. Par exemple, des contenus particuliers peuvent être survolés, des oeuvres significatives non abordées, des remarques humoristiques mises au rancart, etc. », indique le bilan du projet-pilote sur le vivre-ensemble.

 

« On ne peut s’empêcher de remarquer ici que, dans la plupart des cas, ces modifications sont effectuées par anticipation, et pas nécessairement à la suite d’un incident de nature interculturelle. L’expression “j’achète la paix” est, à cet égard, symptomatique. Si la menace n’est pas toujours réelle, le malaise, quant à lui, est très profond et rappelle à certains enseignants des périodes où la censure et la mise à l’index avaient pignon sur rue. L’enjeu est loin d’être dérisoire », poursuit le document.

 

La diversité culturelle et religieuse est en partie à l’origine du malaise. Environ la moitié des étudiants du collège de Maisonneuve sont des immigrants de première ou deuxième génération. Les étudiants ou leurs parents sont nés à l’étranger.

 

Le rapport note que les jeunes sont à l’aise avec la diversité. C’est la réalité de Montréal : ils ont grandi en côtoyant des amis de toutes les origines. Ce sont les relations avec des adultes (notamment les professeurs) qui donnent lieu à des tensions, explique le document de 98 pages.

 

Une forme de bien-pensance qui gagne les campus du Canada suscite aussi la méfiance des professeurs. Le Devoir rappelait cette semaine le chemin de croix d’une chargée de cours de l’université ontarienne Wilfrid-Laurier qui a eu le malheur de projeter en classe une émission d’affaires publiques mettant en vedette Jordan Peterson, professeur et auteur très controversé. Elle a été sermonnée par trois supérieurs qui l’avaient convoquée. Elle a finalement eu droit à des excuses, après avoir été crucifiée sur la place publique.

 

Rectitude politique

 

Guy Gibeau, directeur des études au collège (et l’un des trois auteurs du rapport), avoue avoir été surpris par l’autocensure des enseignants. « C’est quelque chose qu’on n’avait pas vu. Il va falloir qu’on y réfléchisse. Les professeurs disent : “Ça ne me tente pas de lancer des débats interminables. J’achète la paix à l’avance” », explique-t-il.

 

« On encourage les professeurs à ne pas se censurer, ajoute-t-il. On vient de se rendre compte du problème. On va certainement en parler et essayer de trouver des solutions. »

 

Le danger est d’aseptiser l’enseignement, d’omettre des oeuvres qui dérangent, de sombrer dans la rectitude politique. « Si le patrimoine intellectuel occidental existe pour soutenir l’école québécoise dans la formation des prochaines générations, générations dont on souhaite l’épanouissement de la pensée critique, il serait inopportun de sélectionner les références-clés de façon à acheter la paix », indique le rapport.

 

Le collège de Maisonneuve a mis au jour le phénomène de l’autocensure tout simplement parce qu’il a pris la peine de consulter toute la communauté de l’établissement, soutient Guy Gibeau. Il est convaincu que les leçons du projet-pilote sur le vivre-ensemble peuvent s’appliquer à tous les cégeps et universités. « Les gens ont parlé parce qu’on leur a posé des questions en toute candeur. »

 

La place de l’islam

 

Contrairement à la croyance populaire, le hidjab donne lieu à peu de tensions au collège de Maisonneuve. Des professeurs d’éducation physique disent craindre que le port du hidjab entraîne des blessures, pour la jeune femme ou pour la classe. Des professeurs ont craint que le hidjab puisse cacher des écouteurs durant un examen. Les profs peuvent faire toutes les vérifications nécessaires, indique le rapport.

 

Des restrictions alimentaires — pas de porc ou d’alcool — ont causé des tensions au département de diététique. « Cela dit, il convient de le préciser, ces défis d’accommodement ne sont pas nécessairement plus nombreux ou plus aigus que ceux générés par des allergies alimentaires ou des convictions végétariennes », indique le rapport.

 

Malgré le peu d’incidents récents, « de nombreux enseignants issus de divers départements considèrent que l’islam est beaucoup trop visible au collège », précise le rapport. Il est vrai que des tensions sont survenues au cours des dernières années : le collège a rompu ses liens avec le prédicateur Adil Charkaoui. La transformation d’une cage d’escalier en un lieu de prière a soulevé la controverse. Des tensions sont survenues à la bibliothèque.

 

Le projet-pilote de 400 000 $ sur le vivre-ensemble, financé par Québec, a permis d’embaucher trois travailleurs de corridor (le contrat d’un de ces travailleurs a été prolongé) et un psychothérapeute en relation interculturelle, dans le but de soutenir les étudiants qui éprouvent des difficultés de nature identitaire. Le collège a organisé une série d’événements pour aider les gens de différentes cultures à se rapprocher et pour inciter les professeurs et étudiants à prendre la parole. La ministre Hélène David a annoncé vendredi un financement supplémentaire de 300 000 $ pour aider les autres cégeps et universités à s’inspirer des recommandations du collège de Maisonneuve sur le vivre-ensemble.

Aux cégeps de l’échec
19 février 2018 écrit par La Presse

Bien que certains cégeps comptent jusqu’à un élève sur cinq qui échouent à la moitié de leurs cours et bien que des millions en aide particulière soient dépensés, le ministère de l’Éducation ne fait pas de suivi de la situation.

Aux 48 cégeps publics de la province, on a posé la question suivante (sur une période de 10 ans) : combien de vos élèves ont de ces « contrats de réussite » que doivent signer tous ceux qui, à la session précédente, ont échoué à au moins la moitié de leurs cours ?

Au total, 34 cégeps représentant 115 227 élèves nous ont transmis leurs données.

En moyenne, dans cet échantillon, 10 % des effectifs se trouvaient dans cette situation à l’hiver 2016 (la session utilisée comme référence) avec des pointes de près de 20 % à certains endroits, comme aux cégeps de Valleyfield et d’Ahuntsic.

Fait à noter, certains cégeps (Lionel-Groulx, le cégep de l’Outaouais) n’ont jamais répondu à la demande d’accès à l’information.

Quelques cégeps (Bois-de-Boulogne, Granby, Gaspésie-les-Îles) nous ont dit ne pas colliger de données sur ces « contrats de réussite » signés par les élèves en situation d’échec.

Au ministère de l’Éducation, la réponse a été la même. « Après plusieurs vérifications, indique la porte-parole Esther Chouinard, nous ne possédons aucune information sur les contrats de réussite du cégep. Ces contrats sont entre l’établissement et l’étudiant. »

LA SUITE DE LA « TAXE À L’ÉCHEC »

Les « contrats de réussite » ont été mis en place dans la foulée de l’abandon de la « taxe à l’échec » qui, entre 1997 et 2003, prévoyait l’imposition de frais de 2 $ par heure de cours échoué. Par exemple, un cours de 45 heures coûtait 90 $ à l’élève qui n’avait pas eu la note de passage.

Si le cégépien n’a plus à vider son petit cochon en cas d’échec, celui qui n’a pas la moyenne dans la moitié de ses cours doit néanmoins promettre de faire mieux.

La clémence varie d’un cégep à l’autre : certains suspendent pour une session celui qui échoue à la moitié de ses cours une deuxième fois ; d’autres attendent que cela se soit produit quatre fois avant de sévir.

La réponse transmise par le cégep de l’Abitibi-Témiscamingue témoigne aussi de balises fluctuantes au fil des ans.

À ce cégep, on nous a répondu qu’entre 2010-2011 et 2016-2017, on est passé de 245 « contrats de réussite » en 2010-2011 – des élèves en situation d’échec, quoi – à 110 en 2016-2017.

En toute transparence, au bas du tableau, on nous a fait remarquer qu’il n’y avait pas eu de miracle. Avant 2012-2013, les élèves étaient sous contrat de réussite lorsqu’ils avaient 40 % d’échecs ou plus, nous précise-t-on. Depuis, un cégépien doit avoir échoué à 50 % ou plus de cours pour recevoir un avertissement sous forme de contrat de réussite.

DES EFFECTIFS À MAINTENIR À FLOT

Au cégep de Valleyfield, Anne-Marie Lefebvre, directrice des affaires corporatives, résume la situation qui vaut pour son établissement comme pour tant d’autres.

« Les cégeps sont financés par tête d’étudiant. Si on a 2100 étudiants et que la session suivante, on n’en a plus que 1700, on ne survivrait pas », dit Mme Lefebvre.

Mme Lefebvre relève que le nombre d’emplois, entre autres choses, est corrélé au nombre d’élèves.

Il y a donc nécessairement « ce souci d’avoir un effectif étudiant suffisant » alors que la démographie joue contre les cégeps.

Au cours des dernières années, il y a eu une certaine baisse des critères d’admission. « Mais en même temps, on ne peut pas trop les abaisser, fait remarquer Mme Lefebvre. Parce que s’ils entrent, les étudiants doivent aussi ressortir, et être diplômés. »

Il faut donc, dit-elle, « trouver un point d’équilibre ».

Si notre demande d’accès à l’information ne portait que sur les cégeps publics, le son de cloche d’un directeur adjoint d’un cégep privé qui a demandé à rester anonyme pour ne pas nuire à la réputation de son cégep porte à croire que le tableau n’est pas si différent de ce côté.

« Chez nous aussi, on a légèrement baissé les critères d’admission », dit-il, relevant le fait qu’il n’y a pas « de financement garanti » et qu’il est nécessaire de faire le plein d’élèves.

Dans ce cégep, indique-t-il, on offre désormais des cours de mise à niveau en mathématiques pour ceux qui sont admis en administration sans avoir les préalables, ce qui aurait été impensable il y a quelques années.

Les cégeps n’ont pas oublié qu’il y a un peu plus d’un an, « le Conservatoire Lassalle a dû mettre la clé dans la porte », relève ce directeur.

Le Conservatoire Lassalle a en effet déclaré faillite, expliquant que les baisses démographiques importantes au collégial avaient eu raison de lui.

Charles Duffy, directeur des études par intérim au collège Ahuntsic, explique que le ministère de l’Éducation « a assoupli il y a quelques années les conditions d’accès au collégial ».

Dans la mesure où les élèves répondent à ces nouveaux paramètres, « nos valeurs nous amènent à favoriser l’accessibilité aux études supérieures. Dès qu’il y a de la place dans les programmes d’études, on ne discrimine pas ».

UNE ADAPTATION POUR LES ENSEIGNANTS

S’adapter à la force de chacun, « ça fait partie de la job de prof », dit Lucie Piché, présidente de la Fédération des enseignants de cégep.

Cela étant dit, « la faiblesse de certains dossiers, ajoutée aux particularités des étudiants en situation de handicap, vient certes alourdir la tâche. Des copies sont plus longues à corriger, il faut de l’encadrement supplémentaire, voire, parfois, un investissement émotif particulier ».

Dans les cégeps, les centres d’aide pour élèves en difficulté se multiplient, tout comme les libérations de professeurs appelés de plus en plus à se consacrer aux besoins particuliers de ces jeunes.

Cela ne signifie pas que ceux qui échouent ne devraient pas se trouver là, fait observer Carole Lavallée, directrice des études au cégep de Saint-Laurent.

Dans plusieurs cas, fait-elle observer, l’échec est avant tout la résultante d’un manque de maturité ou de motivation. « Ils arrivent du secondaire, ils ont des trous à l’horaire et ils ne comprennent pas qu’ils doivent y mettre l’effort », signale Mme Lavallée.

Il y a aussi le cas de ces nombreux cégépiens « qui ne réussissent pas parce qu’ils décident de ne plus suivre leurs cours ou parce qu’ils n’aiment pas leur prof. Plusieurs étudiants ne sont pas tout à fait sortis de l’adolescence et ils ont beaucoup la pensée magique ».

Mais ne sont-ils pas préoccupés par leur cote R ? Ceux qui veulent aller à l’université, oui, mais pour plusieurs autres, ce n’est pas une si grosse préoccupation, relève Mme Lavallée.

« Pour nous, le contrat de réussite, c’est le coup de semonce qui vise à les remettre sur les rails », dit Mme Lavallée.

Dans plusieurs cas, les jeunes retrouveront leur cap. Dans d’autres, non.

« Mais quand même, de recevoir une formation, ce n’est jamais vain, relève Mme Lefebvre, du cégep de Valleyfield. Bien sûr, il faut avoir des bases minimales, mais il faut accommoder le plus grand nombre d’étudiants possible. »

Après tout, à l’école secondaire, un jeune peut très bien avoir vécu une adolescence difficile qui aura nui à ses notes, malgré un très bon potentiel.

– Avec William Leclerc, La Presse

Des profs du collège de Maisonneuve se censurent
19 février 2018 écrit par Le Devoir

Un malaise « très profond » s’empare de la profession d’enseignant : des professeurs pratiquent l’autocensure pour éviter de heurter les croyances religieuses ou culturelles de leurs étudiants. Ils passent sous silence des oeuvres traitant de sexualité, de nudité ou de maladie mentale par crainte de déclencher une controverse explosive.

 

Ce constat troublant fait partie d’un rapport sur le « vivre-ensemble » au collège de Maisonneuve, rendu public vendredi. Ce cégep de l’est de Montréal a été un lieu de radicalisation d’étudiants qui se sont rendus faire le djihad en Syrie depuis trois ans.

 

Les tensions religieuses se sont calmées dans l’établissement de 7000 étudiants, qui a pris une série de mesures pour faire revenir la paix entre ses murs. Un projet-pilote sur le vivre-ensemble, qui vient de s’achever, a cependant mis en lumière un réel malaise chez les enseignants du collège.

 

« Le principal problème réside dans le fait que plusieurs enseignants déclarent avoir adopté au fil du temps (surtout depuis une dizaine d’années) une forme d’autocensure et avoir évité de la sorte d’être indisposés par des affrontements d’ordre culturel ou religieux. Par exemple, des contenus particuliers peuvent être survolés, des oeuvres significatives non abordées, des remarques humoristiques mises au rancart, etc. », indique le bilan du projet-pilote sur le vivre-ensemble.

 

« On ne peut s’empêcher de remarquer ici que, dans la plupart des cas, ces modifications sont effectuées par anticipation, et pas nécessairement à la suite d’un incident de nature interculturelle. L’expression “j’achète la paix” est, à cet égard, symptomatique. Si la menace n’est pas toujours réelle, le malaise, quant à lui, est très profond et rappelle à certains enseignants des périodes où la censure et la mise à l’index avaient pignon sur rue. L’enjeu est loin d’être dérisoire », poursuit le document.

 

La diversité culturelle et religieuse est en partie à l’origine du malaise. Environ la moitié des étudiants du collège de Maisonneuve sont des immigrants de première ou deuxième génération. Les étudiants ou leurs parents sont nés à l’étranger.

 

Le rapport note que les jeunes sont à l’aise avec la diversité. C’est la réalité de Montréal : ils ont grandi en côtoyant des amis de toutes les origines. Ce sont les relations avec des adultes (notamment les professeurs) qui donnent lieu à des tensions, explique le document de 98 pages.

 

Une forme de bien-pensance qui gagne les campus du Canada suscite aussi la méfiance des professeurs. Le Devoir rappelait cette semaine le chemin de croix d’une chargée de cours de l’université ontarienne Wilfrid-Laurier qui a eu le malheur de projeter en classe une émission d’affaires publiques mettant en vedette Jordan Peterson, professeur et auteur très controversé. Elle a été sermonnée par trois supérieurs qui l’avaient convoquée. Elle a finalement eu droit à des excuses, après avoir été crucifiée sur la place publique.

 

Rectitude politique

 

Guy Gibeau, directeur des études au collège (et l’un des trois auteurs du rapport), avoue avoir été surpris par l’autocensure des enseignants. « C’est quelque chose qu’on n’avait pas vu. Il va falloir qu’on y réfléchisse. Les professeurs disent : “Ça ne me tente pas de lancer des débats interminables. J’achète la paix à l’avance” », explique-t-il.

 

« On encourage les professeurs à ne pas se censurer, ajoute-t-il. On vient de se rendre compte du problème. On va certainement en parler et essayer de trouver des solutions. »

 

Le danger est d’aseptiser l’enseignement, d’omettre des oeuvres qui dérangent, de sombrer dans la rectitude politique. « Si le patrimoine intellectuel occidental existe pour soutenir l’école québécoise dans la formation des prochaines générations, générations dont on souhaite l’épanouissement de la pensée critique, il serait inopportun de sélectionner les références-clés de façon à acheter la paix », indique le rapport.

 

Le collège de Maisonneuve a mis au jour le phénomène de l’autocensure tout simplement parce qu’il a pris la peine de consulter toute la communauté de l’établissement, soutient Guy Gibeau. Il est convaincu que les leçons du projet-pilote sur le vivre-ensemble peuvent s’appliquer à tous les cégeps et universités. « Les gens ont parlé parce qu’on leur a posé des questions en toute candeur. »

 

La place de l’islam

 

Contrairement à la croyance populaire, le hidjab donne lieu à peu de tensions au collège de Maisonneuve. Des professeurs d’éducation physique disent craindre que le port du hidjab entraîne des blessures, pour la jeune femme ou pour la classe. Des professeurs ont craint que le hidjab puisse cacher des écouteurs durant un examen. Les profs peuvent faire toutes les vérifications nécessaires, indique le rapport.

 

Des restrictions alimentaires — pas de porc ou d’alcool — ont causé des tensions au département de diététique. « Cela dit, il convient de le préciser, ces défis d’accommodement ne sont pas nécessairement plus nombreux ou plus aigus que ceux générés par des allergies alimentaires ou des convictions végétariennes », indique le rapport.

 

Malgré le peu d’incidents récents, « de nombreux enseignants issus de divers départements considèrent que l’islam est beaucoup trop visible au collège », précise le rapport. Il est vrai que des tensions sont survenues au cours des dernières années : le collège a rompu ses liens avec le prédicateur Adil Charkaoui. La transformation d’une cage d’escalier en un lieu de prière a soulevé la controverse. Des tensions sont survenues à la bibliothèque.

 

Le projet-pilote de 400 000 $ sur le vivre-ensemble, financé par Québec, a permis d’embaucher trois travailleurs de corridor (le contrat d’un de ces travailleurs a été prolongé) et un psychothérapeute en relation interculturelle, dans le but de soutenir les étudiants qui éprouvent des difficultés de nature identitaire. Le collège a organisé une série d’événements pour aider les gens de différentes cultures à se rapprocher et pour inciter les professeurs et étudiants à prendre la parole. La ministre Hélène David a annoncé vendredi un financement supplémentaire de 300 000 $ pour aider les autres cégeps et universités à s’inspirer des recommandations du collège de Maisonneuve sur le vivre-ensemble.

Notes gonflées: le ministre Proulx pourrait sévir
18 février 2018 écrit par La Presse

Le ministre Proulx a lancé ce message, vendredi, alors qu’il rencontrait les médias, après avoir prononcé une allocution devant quelque 400 convives réunis par la Chambre de commerce du Montréal métropolitain.

Jeudi, le ministère a publié le rapport sur la diplomation et la qualification par commission scolaire au secondaire pour l’année 2017. Celui-ci démontrait que le taux de diplomation et de qualification continue de grimper. Il a atteint 80,1%, après sept ans. Et l’écart entre garçons et filles, bien que toujours existant, a rétréci.

Au même moment toutefois, un débat a été lancé sur le fait que des notes d’élèves, en certains endroits, avaient été gonflées pour les faire passer ou pour faire mieux paraître dans les statistiques.

Interrogé à ce sujet, le ministre de l’Éducation a rappelé qu’il avait déjà émis une directive rappelant que les notes devaient refléter la réalité.

«J’ai émis une directive dans le milieu scolaire en disant il y a une politique d’évaluation, il y a une Loi sur l’instruction publique, il y a une note de passage au Québec – qui, en pensant, est plus exigeante qu’en Ontario. Bien voilà: il faut respecter les règles, parce que si vous trichez, c’est la société qui perd», a lancé le ministre, qui a été interrogé à ce sujet même par le président de la Chambre de commerce, Michel Leblanc.

Plus tard, interrogé sur le même sujet par les journalistes, le ministre a renchéri: «si on avait des directions d’écoles ou une commission scolaire qui ne respectait pas la loi, vous savez, le gouvernement du Québec parle par des règles budgétaires. On envoie des sommes considérables, année après année, pour donner ces services éducatifs. S’il y avait, un jour, la confirmation que des services ne sont pas donnés correctement, je pourrais intervenir via les règles budgétaires et sanctionner un milieu», a-t-il prévenu.

Le ministre «ne croit pas» que les cibles de réussite à atteindre, édictées par le ministère, mettent trop de pression sur les directions d’écoles ou de commissions scolaires, les poussant à gonfler ainsi des notes d’élèves.

«Je ne crois pas qu’il ne faut pas y avoir de cible. On a, comme société, des objectifs à atteindre. Il faut rehausser notre niveau de diplomation; il faut avoir une société plus instruite», a-t-il objecté.

Quant à la hausse du taux de diplomation au secondaire, qui a atteint 80,1%, il s’en est réjoui. «On a fait un bout de chemin extraordinaire, ces dernières années», a-t-il lancé, ajoutant que cet objectif avait été atteint «deux ans avant l’échéancier que nous nous étions donné».

Des profs du collège de Maisonneuve se censurent
18 février 2018 écrit par Le Devoir

Un malaise « très profond » s’empare de la profession d’enseignant : des professeurs pratiquent l’autocensure pour éviter de heurter les croyances religieuses ou culturelles de leurs étudiants. Ils passent sous silence des oeuvres traitant de sexualité, de nudité ou de maladie mentale par crainte de déclencher une controverse explosive.

 

Ce constat troublant fait partie d’un rapport sur le « vivre-ensemble » au collège de Maisonneuve, rendu public vendredi. Ce cégep de l’est de Montréal a été un lieu de radicalisation d’étudiants qui se sont rendus faire le djihad en Syrie depuis trois ans.

 

Les tensions religieuses se sont calmées dans l’établissement de 7000 étudiants, qui a pris une série de mesures pour faire revenir la paix entre ses murs. Un projet-pilote sur le vivre-ensemble, qui vient de s’achever, a cependant mis en lumière un réel malaise chez les enseignants du collège.

 

« Le principal problème réside dans le fait que plusieurs enseignants déclarent avoir adopté au fil du temps (surtout depuis une dizaine d’années) une forme d’autocensure et avoir évité de la sorte d’être indisposés par des affrontements d’ordre culturel ou religieux. Par exemple, des contenus particuliers peuvent être survolés, des oeuvres significatives non abordées, des remarques humoristiques mises au rancart, etc. », indique le bilan du projet-pilote sur le vivre-ensemble.

 

« On ne peut s’empêcher de remarquer ici que, dans la plupart des cas, ces modifications sont effectuées par anticipation, et pas nécessairement à la suite d’un incident de nature interculturelle. L’expression “j’achète la paix” est, à cet égard, symptomatique. Si la menace n’est pas toujours réelle, le malaise, quant à lui, est très profond et rappelle à certains enseignants des périodes où la censure et la mise à l’index avaient pignon sur rue. L’enjeu est loin d’être dérisoire », poursuit le document.

 

La diversité culturelle et religieuse est en partie à l’origine du malaise. Environ la moitié des étudiants du collège de Maisonneuve sont des immigrants de première ou deuxième génération. Les étudiants ou leurs parents sont nés à l’étranger.

 

Le rapport note que les jeunes sont à l’aise avec la diversité. C’est la réalité de Montréal : ils ont grandi en côtoyant des amis de toutes les origines. Ce sont les relations avec des adultes (notamment les professeurs) qui donnent lieu à des tensions, explique le document de 98 pages.

 

Une forme de bien-pensance qui gagne les campus du Canada suscite aussi la méfiance des professeurs. Le Devoir rappelait cette semaine le chemin de croix d’une chargée de cours de l’université ontarienne Wilfrid-Laurier qui a eu le malheur de projeter en classe une émission d’affaires publiques mettant en vedette Jordan Peterson, professeur et auteur très controversé. Elle a été sermonnée par trois supérieurs qui l’avaient convoquée. Elle a finalement eu droit à des excuses, après avoir été crucifiée sur la place publique.

 

Rectitude politique

 

Guy Gibeau, directeur des études au collège (et l’un des trois auteurs du rapport), avoue avoir été surpris par l’autocensure des enseignants. « C’est quelque chose qu’on n’avait pas vu. Il va falloir qu’on y réfléchisse. Les professeurs disent : “Ça ne me tente pas de lancer des débats interminables. J’achète la paix à l’avance” », explique-t-il.

 

« On encourage les professeurs à ne pas se censurer, ajoute-t-il. On vient de se rendre compte du problème. On va certainement en parler et essayer de trouver des solutions. »

 

Le danger est d’aseptiser l’enseignement, d’omettre des oeuvres qui dérangent, de sombrer dans la rectitude politique. « Si le patrimoine intellectuel occidental existe pour soutenir l’école québécoise dans la formation des prochaines générations, générations dont on souhaite l’épanouissement de la pensée critique, il serait inopportun de sélectionner les références-clés de façon à acheter la paix », indique le rapport.

 

Le collège de Maisonneuve a mis au jour le phénomène de l’autocensure tout simplement parce qu’il a pris la peine de consulter toute la communauté de l’établissement, soutient Guy Gibeau. Il est convaincu que les leçons du projet-pilote sur le vivre-ensemble peuvent s’appliquer à tous les cégeps et universités. « Les gens ont parlé parce qu’on leur a posé des questions en toute candeur. »

 

La place de l’islam

 

Contrairement à la croyance populaire, le hidjab donne lieu à peu de tensions au collège de Maisonneuve. Des professeurs d’éducation physique disent craindre que le port du hidjab entraîne des blessures, pour la jeune femme ou pour la classe. Des professeurs ont craint que le hidjab puisse cacher des écouteurs durant un examen. Les profs peuvent faire toutes les vérifications nécessaires, indique le rapport.

 

Des restrictions alimentaires — pas de porc ou d’alcool — ont causé des tensions au département de diététique. « Cela dit, il convient de le préciser, ces défis d’accommodement ne sont pas nécessairement plus nombreux ou plus aigus que ceux générés par des allergies alimentaires ou des convictions végétariennes », indique le rapport.

 

Malgré le peu d’incidents récents, « de nombreux enseignants issus de divers départements considèrent que l’islam est beaucoup trop visible au collège », précise le rapport. Il est vrai que des tensions sont survenues au cours des dernières années : le collège a rompu ses liens avec le prédicateur Adil Charkaoui. La transformation d’une cage d’escalier en un lieu de prière a soulevé la controverse. Des tensions sont survenues à la bibliothèque.

 

Le projet-pilote de 400 000 $ sur le vivre-ensemble, financé par Québec, a permis d’embaucher trois travailleurs de corridor (le contrat d’un de ces travailleurs a été prolongé) et un psychothérapeute en relation interculturelle, dans le but de soutenir les étudiants qui éprouvent des difficultés de nature identitaire. Le collège a organisé une série d’événements pour aider les gens de différentes cultures à se rapprocher et pour inciter les professeurs et étudiants à prendre la parole. La ministre Hélène David a annoncé vendredi un financement supplémentaire de 300 000 $ pour aider les autres cégeps et universités à s’inspirer des recommandations du collège de Maisonneuve sur le vivre-ensemble.

Notes gonflées: le ministre Proulx pourrait sévir
17 février 2018 écrit par La Presse

Le ministre Proulx a lancé ce message, vendredi, alors qu’il rencontrait les médias, après avoir prononcé une allocution devant quelque 400 convives réunis par la Chambre de commerce du Montréal métropolitain.

Jeudi, le ministère a publié le rapport sur la diplomation et la qualification par commission scolaire au secondaire pour l’année 2017. Celui-ci démontrait que le taux de diplomation et de qualification continue de grimper. Il a atteint 80,1%, après sept ans. Et l’écart entre garçons et filles, bien que toujours existant, a rétréci.

Au même moment toutefois, un débat a été lancé sur le fait que des notes d’élèves, en certains endroits, avaient été gonflées pour les faire passer ou pour faire mieux paraître dans les statistiques.

Interrogé à ce sujet, le ministre de l’Éducation a rappelé qu’il avait déjà émis une directive rappelant que les notes devaient refléter la réalité.

«J’ai émis une directive dans le milieu scolaire en disant il y a une politique d’évaluation, il y a une Loi sur l’instruction publique, il y a une note de passage au Québec – qui, en pensant, est plus exigeante qu’en Ontario. Bien voilà: il faut respecter les règles, parce que si vous trichez, c’est la société qui perd», a lancé le ministre, qui a été interrogé à ce sujet même par le président de la Chambre de commerce, Michel Leblanc.

Plus tard, interrogé sur le même sujet par les journalistes, le ministre a renchéri: «si on avait des directions d’écoles ou une commission scolaire qui ne respectait pas la loi, vous savez, le gouvernement du Québec parle par des règles budgétaires. On envoie des sommes considérables, année après année, pour donner ces services éducatifs. S’il y avait, un jour, la confirmation que des services ne sont pas donnés correctement, je pourrais intervenir via les règles budgétaires et sanctionner un milieu», a-t-il prévenu.

Le ministre «ne croit pas» que les cibles de réussite à atteindre, édictées par le ministère, mettent trop de pression sur les directions d’écoles ou de commissions scolaires, les poussant à gonfler ainsi des notes d’élèves.

«Je ne crois pas qu’il ne faut pas y avoir de cible. On a, comme société, des objectifs à atteindre. Il faut rehausser notre niveau de diplomation; il faut avoir une société plus instruite», a-t-il objecté.

Quant à la hausse du taux de diplomation au secondaire, qui a atteint 80,1%, il s’en est réjoui. «On a fait un bout de chemin extraordinaire, ces dernières années», a-t-il lancé, ajoutant que cet objectif avait été atteint «deux ans avant l’échéancier que nous nous étions donné».

Des profs du collège de Maisonneuve se censurent
17 février 2018 écrit par Le Devoir

Un malaise « très profond » s’empare de la profession d’enseignant : des professeurs pratiquent l’autocensure pour éviter de heurter les croyances religieuses ou culturelles de leurs étudiants. Ils passent sous silence des oeuvres traitant de sexualité, de nudité ou de maladie mentale par crainte de déclencher une controverse explosive.

 

Ce constat troublant fait partie d’un rapport sur le « vivre-ensemble » au collège de Maisonneuve, rendu public vendredi. Ce cégep de l’est de Montréal a été un lieu de radicalisation d’étudiants qui se sont rendus faire le djihad en Syrie depuis trois ans.

 

Les tensions religieuses se sont calmées dans l’établissement de 7000 étudiants, qui a pris une série de mesures pour faire revenir la paix entre ses murs. Un projet-pilote sur le vivre-ensemble, qui vient de s’achever, a cependant mis en lumière un réel malaise chez les enseignants du collège.

 

« Le principal problème réside dans le fait que plusieurs enseignants déclarent avoir adopté au fil du temps (surtout depuis une dizaine d’années) une forme d’autocensure et avoir évité de la sorte d’être indisposés par des affrontements d’ordre culturel ou religieux. Par exemple, des contenus particuliers peuvent être survolés, des oeuvres significatives non abordées, des remarques humoristiques mises au rancart, etc. », indique le bilan du projet-pilote sur le vivre-ensemble.

 

« On ne peut s’empêcher de remarquer ici que, dans la plupart des cas, ces modifications sont effectuées par anticipation, et pas nécessairement à la suite d’un incident de nature interculturelle. L’expression “j’achète la paix” est, à cet égard, symptomatique. Si la menace n’est pas toujours réelle, le malaise, quant à lui, est très profond et rappelle à certains enseignants des périodes où la censure et la mise à l’index avaient pignon sur rue. L’enjeu est loin d’être dérisoire », poursuit le document.

 

La diversité culturelle et religieuse est en partie à l’origine du malaise. Environ la moitié des étudiants du collège de Maisonneuve sont des immigrants de première ou deuxième génération. Les étudiants ou leurs parents sont nés à l’étranger.

 

Le rapport note que les jeunes sont à l’aise avec la diversité. C’est la réalité de Montréal : ils ont grandi en côtoyant des amis de toutes les origines. Ce sont les relations avec des adultes (notamment les professeurs) qui donnent lieu à des tensions, explique le document de 98 pages.

 

Une forme de bien-pensance qui gagne les campus du Canada suscite aussi la méfiance des professeurs. Le Devoir rappelait cette semaine le chemin de croix d’une chargée de cours de l’université ontarienne Wilfrid-Laurier qui a eu le malheur de projeter en classe une émission d’affaires publiques mettant en vedette Jordan Peterson, professeur et auteur très controversé. Elle a été sermonnée par trois supérieurs qui l’avaient convoquée. Elle a finalement eu droit à des excuses, après avoir été crucifiée sur la place publique.

 

Rectitude politique

 

Guy Gibeau, directeur des études au collège (et l’un des trois auteurs du rapport), avoue avoir été surpris par l’autocensure des enseignants. « C’est quelque chose qu’on n’avait pas vu. Il va falloir qu’on y réfléchisse. Les professeurs disent : “Ça ne me tente pas de lancer des débats interminables. J’achète la paix à l’avance” », explique-t-il.

 

« On encourage les professeurs à ne pas se censurer, ajoute-t-il. On vient de se rendre compte du problème. On va certainement en parler et essayer de trouver des solutions. »

 

Le danger est d’aseptiser l’enseignement, d’omettre des oeuvres qui dérangent, de sombrer dans la rectitude politique. « Si le patrimoine intellectuel occidental existe pour soutenir l’école québécoise dans la formation des prochaines générations, générations dont on souhaite l’épanouissement de la pensée critique, il serait inopportun de sélectionner les références-clés de façon à acheter la paix », indique le rapport.

 

Le collège de Maisonneuve a mis au jour le phénomène de l’autocensure tout simplement parce qu’il a pris la peine de consulter toute la communauté de l’établissement, soutient Guy Gibeau. Il est convaincu que les leçons du projet-pilote sur le vivre-ensemble peuvent s’appliquer à tous les cégeps et universités. « Les gens ont parlé parce qu’on leur a posé des questions en toute candeur. »

 

La place de l’islam

 

Contrairement à la croyance populaire, le hidjab donne lieu à peu de tensions au collège de Maisonneuve. Des professeurs d’éducation physique disent craindre que le port du hidjab entraîne des blessures, pour la jeune femme ou pour la classe. Des professeurs ont craint que le hidjab puisse cacher des écouteurs durant un examen. Les profs peuvent faire toutes les vérifications nécessaires, indique le rapport.

 

Des restrictions alimentaires — pas de porc ou d’alcool — ont causé des tensions au département de diététique. « Cela dit, il convient de le préciser, ces défis d’accommodement ne sont pas nécessairement plus nombreux ou plus aigus que ceux générés par des allergies alimentaires ou des convictions végétariennes », indique le rapport.

 

Malgré le peu d’incidents récents, « de nombreux enseignants issus de divers départements considèrent que l’islam est beaucoup trop visible au collège », précise le rapport. Il est vrai que des tensions sont survenues au cours des dernières années : le collège a rompu ses liens avec le prédicateur Adil Charkaoui. La transformation d’une cage d’escalier en un lieu de prière a soulevé la controverse. Des tensions sont survenues à la bibliothèque.

 

Le projet-pilote de 400 000 $ sur le vivre-ensemble, financé par Québec, a permis d’embaucher trois travailleurs de corridor (le contrat d’un de ces travailleurs a été prolongé) et un psychothérapeute en relation interculturelle, dans le but de soutenir les étudiants qui éprouvent des difficultés de nature identitaire. Le collège a organisé une série d’événements pour aider les gens de différentes cultures à se rapprocher et pour inciter les professeurs et étudiants à prendre la parole. La ministre Hélène David a annoncé vendredi un financement supplémentaire de 300 000 $ pour aider les autres cégeps et universités à s’inspirer des recommandations du collège de Maisonneuve sur le vivre-ensemble.

Notes gonflées: le ministre Proulx pourrait sévir
16 février 2018 écrit par La Presse

Le ministre Proulx a lancé ce message, vendredi, alors qu’il rencontrait les médias, après avoir prononcé une allocution devant quelque 400 convives réunis par la Chambre de commerce du Montréal métropolitain.

Jeudi, le ministère a publié le rapport sur la diplomation et la qualification par commission scolaire au secondaire pour l’année 2017. Celui-ci démontrait que le taux de diplomation et de qualification continue de grimper. Il a atteint 80,1%, après sept ans. Et l’écart entre garçons et filles, bien que toujours existant, a rétréci.

Au même moment toutefois, un débat a été lancé sur le fait que des notes d’élèves, en certains endroits, avaient été gonflées pour les faire passer ou pour faire mieux paraître dans les statistiques.

Interrogé à ce sujet, le ministre de l’Éducation a rappelé qu’il avait déjà émis une directive rappelant que les notes devaient refléter la réalité.

«J’ai émis une directive dans le milieu scolaire en disant il y a une politique d’évaluation, il y a une Loi sur l’instruction publique, il y a une note de passage au Québec – qui, en pensant, est plus exigeante qu’en Ontario. Bien voilà: il faut respecter les règles, parce que si vous trichez, c’est la société qui perd», a lancé le ministre, qui a été interrogé à ce sujet même par le président de la Chambre de commerce, Michel Leblanc.

Plus tard, interrogé sur le même sujet par les journalistes, le ministre a renchéri: «si on avait des directions d’écoles ou une commission scolaire qui ne respectait pas la loi, vous savez, le gouvernement du Québec parle par des règles budgétaires. On envoie des sommes considérables, année après année, pour donner ces services éducatifs. S’il y avait, un jour, la confirmation que des services ne sont pas donnés correctement, je pourrais intervenir via les règles budgétaires et sanctionner un milieu», a-t-il prévenu.

Le ministre «ne croit pas» que les cibles de réussite à atteindre, édictées par le ministère, mettent trop de pression sur les directions d’écoles ou de commissions scolaires, les poussant à gonfler ainsi des notes d’élèves.

«Je ne crois pas qu’il ne faut pas y avoir de cible. On a, comme société, des objectifs à atteindre. Il faut rehausser notre niveau de diplomation; il faut avoir une société plus instruite», a-t-il objecté.

Quant à la hausse du taux de diplomation au secondaire, qui a atteint 80,1%, il s’en est réjoui. «On a fait un bout de chemin extraordinaire, ces dernières années», a-t-il lancé, ajoutant que cet objectif avait été atteint «deux ans avant l’échéancier que nous nous étions donné».

Des «notes formidables» même pour les élèves qui échouent
16 février 2018 écrit par Le Devoir

Avant de partir en congé de maladie, en novembre dernier, Chrystelle Charpin avait entré toutes les notes de ses élèves dans le système informatique. L’enseignante a subi un choc en constatant à son retour en classe qu’une série de notes figurant au bulletin de la première étape avaient été modifiées à son insu.

 

Plus préoccupant encore, tous ses élèves obtenaient désormais la note de passage — même les quatre enfants qui avaient échoué en mathématiques et les cinq qui avaient échoué en lecture.

 

« Pendant mon absence, toute ma classe a réussi avec des notes formidables, même les élèves qui avaient de grandes difficultés à lire ou à compter ! » s’étonne Chrystelle Charpin, enseignante de première année à l’école primaire Lucille-Teasdale, dans le quartier Côte-des-Neiges à Montréal.

 

Le ministre de l’Éducation, Sébastien Proulx, s’est fait reprocher jeudi par les partis d’opposition à l’Assemblée nationale de fermer les yeux sur les « notes gonflées » dans l’espoir de stimuler artificiellement la réussite des élèves. Ironie du sort, le ministère de l’Éducation révélait au même moment que le taux de diplomation vient d’augmenter de 4,3 points de pourcentage, à 76 %, parce que plus d’élèves terminent leurs études secondaires.

 

Chrystelle Charpin, en tout cas, dit être ébranlée par la manipulation des notes de ses élèves à son insu. Selon cette enseignante de 25 ans d’expérience, la direction de l’école a fait reprendre les examens de mathématiques et de lecture durant son congé de maladie, car près d’une demi-douzaine d’enfants avaient échoué.

La direction craint les parents qui chialent quand leurs enfants n’ont pas la note de passage

  

Gonfler la réussite

 

L’Alliance des professeures et des professeurs de Montréal a déposé un grief pour contester la modification des notes à l’insu de l’enseignante. Le syndicat soutient que la direction de l’école a contrevenu à la Loi sur l’instruction publique et au contrat de travail de l’enseignante en gonflant l’évaluation des élèves.

 

« Pour nous, ça reste tolérance zéro par rapport au traficotage de notes, dit Catherine Renaud, présidente de l’Alliance. C’est à la direction de s’assurer qu’aucune note n’est modifiée sur des bulletins ou sur des travaux d’élèves. »

 

Le syndicat remarque que le phénomène des « notes gonflées » continue de sévir dans les écoles malgré une directive du ministre Proulx contre cette pratique qui semble courante dans le réseau scolaire.

 

Le ministre avait ordonné en mai 2017 aux commissions scolaires de « mettre en oeuvre tous les moyens nécessaires » pour faire respecter l’intégrité de l’évaluation des apprentissages. « Les modifications de notes dans le but d’atteindre des cibles de réussite ne sont pas tolérées », indiquait la directive du ministre.

 

Au moment d’écrire ces lignes, la Commission scolaire de Montréal (CSDM) n’avait pas donné suite à nos demandes d’explications.

 

Responsabilité partagée

 

Au cabinet du ministre Proulx, on souligne que l’évaluation est une « responsabilité partagée ». Sans se prononcer sur le cas de l’enseignante Chrystelle Charpin, on fait valoir que « tous les acteurs du réseau de l’éducation doivent travailler en collaboration, selon leurs champs de responsabilités respectifs ». La directive ministérielle diffusée en mai 2017 soulignait aussi que les écoles elles-mêmes ont un rôle à jouer en matière d’évaluation.

 

« J’ai émis une directive disant qu’il fallait respecter l’autonomie des enseignants, mais qu’il fallait aussi respecter la politique d’évaluation qui est votée dans chacune des écoles », a dit le ministre aux journalistes jeudi matin à Québec.

 

La Coalition avenir Québec (CAQ) reproche au gouvernement de gonfler lui-même les notes aux examens ministériels. 5312 élèves qui avaient obtenu 58 % ou 59 % aux examens du ministère, en juin dernier, ont obtenu la note de passage de 60 %, selon des chiffres obtenus par la CAQ.

 

Ce ne sont pas des « notes gonflées », mais un simple « traitement statistique » visant à corriger d’éventuelles erreurs de mesure qui pénaliseraient des élèves de façon injuste, a fait valoir jeudi le ministre Proulx.

Les taux de diplomation au secondaire continuent de progresser
15 février 2018 écrit par La Presse

Le rapport «Diplomation et qualification par commission scolaire au secondaire, édition 2017», précise que les taux de diplomation et qualification progressent au Québec. Le taux atteint 80,1% lorsqu’on additionne le taux de diplomation de 76% et le taux de qualification de 4,1%.

C’est en 2007 et 2008 qu’ont été instaurés de nouveaux types de qualifications, soit le CFMS (Certificat de formation à un métier semi-spécialisé) et le CFPT (Certificat de formation préparatoire au travail). Leur instauration «a eu un effet positif sur le taux de diplomation et de qualification par cohorte au secondaire», confirme-t-on dans le rapport.

Pour les dernières cohortes, après sept ans, le taux de qualification est identique et le taux de diplomation par cohorte a continué de progresser, passant de 71,7 à 76%. L’augmentation est attribuable en grande partie au fait que plus d’élèves ont obtenu un Diplôme d’études secondaires.

De façon générale, après sept années, la cohorte de 2008 avait un taux de diplomation et de qualification de 78,8% et celle de 2009 de 80,1%.

Après six années, la cohorte de 2008 avait un taux de 74,8% et celle de 2009 de 76,3%.

Après cinq années, la cohorte de 2008 avait un taux 65,9% et celle de 2009 de 67,4%.

Gars et filles

L’écart entre les garçons et les filles demeure, mais il a été réduit.

Ainsi, après sept ans, les cohortes de garçons de 2008 et 2009 avaient des taux de diplomation et de qualification de 73,8% et 75,8%.

Et les cohortes correspondantes de filles avaient des taux de 83,9 et 84,4%.

«L’écart entre les sexes diminue de façon significative pour la première fois depuis les cohortes de 2004 et 2005, où il était passé de 11,9 à 10,9 points de pourcentage. Pour les deux dernières cohortes, soit 2008 et 2009, l’écart est passé de 10,1 points à 8,6 points», écrit-on dans le rapport.


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