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Les rituels corporels chez les Nacirema
19 avril 2011 écrit par FX

Le professeur Linton porta à l’attention des anthropologues l’existence des Nacirema il y a déjà plus de 20 ans, mais la culture de ce groupe est encore mal connue. Il s’agit d’une population Nord américaine vivant dans un territoire entre les Crée du Canada, les Yaquis et Tarahumane du Mexique et les Arawak des Antilles. On connaît mal leur origine et la tradition veut qu’ils viennent de l’est…

La culture Nacirema se caractérise par une économie de marché très développée qui s’est développé dans un très riche habitat naturel. Même si les gens utilisent la plus grande partie de leur temps à des activités à caractère économique, ils consacrent chaque jour une part très importante des fruits de ce labeur et un temps considérable à des activités rituelles. Ces activités convergent toutes vers le culte du corps humain; l’apparenceet la santé étant une préoccupation de première importance dans l’èthos de cette société. Cette préoccupation n’est pas inusitée chez les sociétés humaines, mais les aspects cérémoniels et la vision du monde qui en découlent sont uniques chez ce groupe.

La croyance fondamentale qui sous-tend tout le sytème du culte accordé au corps est que le corps est laid et qu’il possède une tendance naturelle à la maladie et à la dégradation. Emprisonné dans ce corps, le seul espoir de l’homme d’éliminer cette fatalité consiste à utiliser les influences puissantes des cérémonies et des rituels prescrits à cet effet. Chaque famille a un ou plusieurs sanctuaires destinés à cet effet. Les individus les plus puissants de la société ont plusieurs santuaires dans leur maison. La plupart des maisons sont faites de clayonnage enduit de torchis, mais les chambres servant de sanctuaires dans les maisons les plus riches sont recouvertes de pierre. Les familles plus pauvres imitent les riches en appliquant des plaques de poterie sur les murs de leurs sanctuaires.

Bien que chaque famille possède au moins un sanctuaire, les rituels qui y sont pratiqués ne sont pas des cérémonies familiales mais privées et secrètes. Les rites ne sont discutés qu’avec les enfants et ce, seulement pendant leur période d’apprentissage de ces mystères. Je fus en mesure cependant d’établir des contacts suffisamment étroits avec les indigènes, pour examiner ces sanctuaires et obtenir des descriptions des rituels qui y sont pratiqués.

L’élément le plus important du sanctuaire est une boite ou coffre construit dans le mur. Dans ce coffre sont conservés les nombreuses potions magiques te fétiches sans lesquels tout Nacirema se croit incapable de vivre. Ces préparations proviennent de divers praticiens. Le plus puissant de ceux-ci est l’homme-médecin (medecine man) dont les services sont récompensés par des cadeaux de grande valeur. Toutefois, ce n’est pas l’homme-médecin qui dispense les potions curatives à ses clients, il se contente de décider quels ingrédients doivent les composer et écrit le tout dans un code ancien et secret. Cette écriture n’est comprise que par l’homme-médecin et l’herboriste, qui en échange d’un autre cadeau, fournit la potion désirée.

Le fétiche n’est pas jeté après son utilisation mais est placé dans la boite à fétiche du sanctuaire familial. Ces objets magiques sont spécifiques à certaines maladies, et celles-ci, réelles ou imaginaires, sont fort nombreuses; la boite à fétiche est donc le plus souvent remplie à pleine capacité. Les sachets magiques sont si nombreux, que les gens oublient parfois leur utilité et craignent de les utiliser à nouveau. Bien que les gens soient peu enclins à préciser les raisons pour lesquelles ils conservent tous ces objets magiques dans la boite à fétiche, nous pensons que leur présence dans le sanctuaire, là où les rituels du corps ont lieu, protège de quelque manière le pratiquant.

Près de la boite à fétiche, se trouve un petit bassin. Chaque jour, chaque membre de la famille, à tour de rôle, entre dans le sanctuaire, s’incline devant la boite à fétiche, mélange différentes sortes d’eau sacrée dans le bassin et procède à un bref rite d’ablution. L’eau sacrée est conservée dans le Temple d’Eau de la communauté où des prêtres se livrent à des cérémonies complexes afin de conserver le liquide rituellement pur.

Dans la hiérarchie des praticiens, juste en dessous de l’homme-médecin, se trouve le spécialiste dont le nom est difficilement traduisible et que nous appelerons l’homme-bouche. Les Nacirema ont une crainte pathologique et une véritable fascination pour la bouche, qu’ils croient avoir une influence surnaturelle sur l’ensemble de leurs relations sociales. Sans les rituels de la bouche, ils sont convaincus que leurs dents vont tomber, leur gencives saigner, leurs mâchoires se contracter, leurs amis les fui et leurs amoureux les abandonner. Ils croient également en une étoite relation entre les caractéristiques orales et morales. Par exemple, il existe un rituel d’ablution de la bouche pour les enfants, supposé améliorer leurs qualités morales.

À chaque jour, le rituel du corps comprend un rituel de la bouche. Même si ces gens sont très pointilleux au sujet des soins de bouche, le rite constitue une pratique pouvant être qualifié par le non initié de « révoltante ». Celle-ci m’a été rapportée; elle consiste a introduire dans la bouche par des brosses synthétiques faites de polyméres à base d’huile accompagné d’une poudre magique et d’exécuter une série de mouvements hautement ritualisés.

En complément au rituel privé de bouche, les gens voient l’homme-bouche une à deux fois par année. Ces praticiens possèdent un attirail considérable comprenant des vrilles, poinçons et sondes. L’utilisation de ces objets pour exorciser les démons de la bouche s’accompagne d’un rituel incroyable de torture du client. L’homme-bouche ouvre la bouche du client et utilisant les objets mentionnés, agrandit les trous que la carie peut avoir causé à la dent. Des substances magiques sont insérées dans ces trous. Si aucun trou ne s’est formé naturellement, de larges sections d’une ou plusieurs dents est creusée afin que la substance surnaturelle y soit insérée. Selon le client, le but de ces pratiques est de stopper le pourissement et de ramener les amis. Le caractère sacré de ce rite traditionnel conduit les gens à revoir l’homme-bouche année après années en dépit du fait que leurs dents continuent à pourir.

Nous espérons que l’étude des Nacirema nous permettra de comprendre la structure de personnalité de ces gens. Il suffit de saisir l’éclair dans l’œil de l’homme bouche lorsqu’il enfonce un poiçon dans une dent où le nerf est exposé, pour suspecter un certain degré de sadisme chez eux. Si ceci pouvait être établi, un très intéressant modèle (pattern) apparaîtrait : cette population présenterait des tendances masochistes certaines. Le professeur Linton se réfère à ce modèle lorsqu,il discute une partie de rituel du corps pratiqué exclusivement par les hommes. Cette partie du rituel consiste à gratter et lacérer la surface du visage avec un instrument coupant. Certains rites féminins sont pratiqués seulement une fois durant chaque mois lunaire, mais ce qu’ils perdent en fréquence, ils le gagnent en barbarie. La cérémonie consiste à appliquer une pâte de couleur et à se place la tête dans de petits fours pendant plusieurs minutes. Le plus intéressant est de constater que ces gens aux tendances masochistes ont développé des spécialistes sadiques.

Les hommes-médecine ont développé d’imposants temples, les « latipso », dans toutes les communautés, peu importe la taille. Les personnes les plus malades exigent une cérémonie très élaborée et qui se pratique uniquement dans ces templs. La cérémonie implique la présence du thaumaturge (faiseur de miracles) et d’un groupe permanent de vestales qui se déplacent calmement entre les chambres du temple dans des costumes (…) distinctifs.

Les cérémonies du « latipso » sont si dures qu’une faible proportion des gens malades entrés au templs en sortent vivants. (…)

Le requérant entrant au temple est dépouillé de tous ses vêtements. Dans la vie de tous les jours, les Nacirema n’aiment pas exposer leur corps et ses fonctions narutelles. Le lavage du corps et l’excrétion sont pratiqués uniquement dans le secret du sanctuaire familial, où ils font partie de l’ensemble du rituel du corps. Un choc psychologique accompagne la perte de l’intimité à l’entrée au « latipso ». Un homme que sa femme n’a jamais vu déféquer ou uriner, se retrouve du jour au lendemain, nu devant une servant qui assiste à ses fonctions excrétoires dans un vase sacré. Ces cérémonies sont nécessaires parce que les excréta sont utilisés par un devin afin de déterminer la nautre de la maladie. Quant aux femmes, leurs corps nu est scruté manipulé, palpé par l’homme-médecine.

La plupart des gens dans le temple seraient en mesure de se déplacer, mais la plupart du temps, ils demeurent allongés dans un lit dur. Les cérémonies quotidiennes, comme les rites de l’homme-bouche, s’accompagnent de douleur et de torture. Avec une précision rituelle, les vestales éveillent les gens à l’aube, les retournent sur leur lit de douleur tout en effectuant des ablutions d’une main experte. Parfois, ils introduisent une baguette magique dans la bouche ou les obligent à ingurgiter des substances supposées les guérir. De temps à autre, l’homme médecine vient voir ses clients et leur introduit des aiguilles magiques dans la peau. Le fait que ces cérémonies au temple ne guérissent pas et peuvent même tuer ne diminue en rien la foi des gens dans les hommes-médecine.

Il existe une autre sorte dfe praticien appelé « écouteur ». Ce sorcier a le pouvoir d’exorciser les démons qui logent dans la tête des gens ensorcelés. Les Nacirema croient que les parents ensorcèlent leurs propres enfants. Les mères sont particulièrement suspectées de jeter une malédiction sur leurs enfants lorsqu’elles lui enseignent le rituel du corps. La puissance du sorcier est particulière, car dépourvue de rituel. Le patient dit simplement à l’écouteur ses problèmes et ses peurs en commençant avec les plus lointaines difficultés dont il peut se souvenir. La mémoire dont font preuve les Nacirema au cours de ces séances est remarquable. Il n’est pas exceptionnel qu’un patient se souvienne du rejet ressenti au moment du sevrage et certains voient même leur problèmes remonter à l’effet traumatique de leur naissance.

En conclusion, mentionnons quelque pratiques ayant leur source dans l’esthétique des Nacirema mais soumises à leur répugnance pour le corpset ses fonctions. Il s’agit de rituels destinés à faire maigrir les personnes obèses et à faire engraisser les maigres. D’autres rituels permettent ayx femmes d’augmenter le volume de leurs seins s’ils sont petits et de les diminuer s’ils sont gros. Une insatisfaction générale existe au sujet du volume des seins et est symbolisée par le fait que leur forme idéale se situe à l’extérieur des variations humaines normales. Certaines femmes affligées d’un développement mammaire « inhumain » sont tellement idolâtrées, qu’elles peuvent mener une vie confortable en allant simplement de village en village en permettant aux gens de les regarder moyennant quelques pièces.

(…)

Cet examen de la vie des Nacirema les a dépeints comme dominés par la magie. Il est difficile de comprendre comment ils ont pu exister si longtemps en dépit des énormes contraintes qu’ils se sont imposées.

 

  1. Qui sont les Nacirema?
  2. Dans quelle partie du monde se trouvent-ils?
  3. Pourquoi les Nacirema ont-ils des sanctuaires?
  4. Comment expliquez-vous qu’ils continuent à aller au latipso ou à conculter l’homme bouche?

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