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Concilier études et maternité à l’école secondaire Rosalie-Jetté
11 octobre 2017 écrit par Le Devoir

« Quand je suis tombée enceinte, je pensais que je ne pourrais plus avancer dans mes études, lance Nathalie Alvarado Castro, 19 ans. Des amies m’ont parlé de l’école Rosalie-Jetté, pour les filles enceintes et nouvelles mères. J’ai fait toute ma grossesse ici. Les profs sont plus que des profs, ils nous aident vraiment. Et je me suis fait des amies qui vivent la même réalité que moi. »

 

Il est 7 h du matin. Dans son appartement de Montréal-Nord, qu’elle partage avec sa mère, son frère jumeau et son fils, la jeune Péruvienne prépare son fils pour la garderie. Elle saute dans la douche, lance des collations pour enfant dans le fond de son sac d’école et s’apprête à passer le pas de la porte sans déjeuner. « Maman, j’oublie quelque chose ? »

 

Affairée à la cuisine, Patricia dresse machinalement la liste dans un mélange de français et d’espagnol : cellulaire, clés, couches et sirop pour la toux du petit Isaiah. Tout est là. Les manuels scolaires sont restés à l’école. De toute façon, Nathalie n’a pas le temps de faire des devoirs le soir, trop occupée par sa tache de nouvelle mère.

 

Elle installe son fils dans sa vieille Malibu et file jusqu’à l’école, dans le quartier Mercier–Hochelaga-Maisonneuve. L’hiver dernier, enceinte, elle faisait le trajet d’une heure et demie en transport en commun. « C’était l’enfer, alors quand je suis retournée à l’école après la naissance d’Isaiah, je me suis décidée à passer mon permis. »

 

Nathalie fait manger son fils à la cafétéria de l’école avant de le laisser à la pouponnière, située au deuxième étage, puis elle file vers son cours de sciences. « Ça me rassure de savoir qu’il est juste à côté », lance la jeune mère.

 

Elles sont une soixantaine d’étudiantes, âgées de 15 à 21 ans, dans cette école secondaire de la Commission scolaire de Montréal. Comme elles ne sont pas toutes au même niveau et qu’elles doivent s’absenter régulièrement pour des rendez-vous médicaux et pour accoucher, l’enseignement est individualisé.

 

Assiduité

 

La cloche indique le début des cours. Dans la classe d’Aubert, elles ne sont que trois sur huit ce matin. « La ponctualité et l’assiduité, c’est un gros problème », soupire le professeur.

image Concilier études et maternité à l’école secondaire Rosalie JettéPhoto: Jacques Nadeau Le Devoir
À la cafétéria, Nathalie et sa meilleure amie, Karina, discutent avec Tina de l’arrivée prochaine de son deuxième enfant.

 

Nathalie ouvre son livre de physique. Elle révise pour son examen sur l’énergie électrique. À la table voisine, Tina, 20 ans, enceinte de son deuxième enfant, espère terminer son chapitre sur l’atmosphère avant de partir pour son congé d’accouchement, prévu d’un jour à l’autre.

 

« Quand j’ai su que j’étais enceinte de mon premier, j’avais 14 ans, raconte Tina. Mon père m’a obligée à m’inscrire ici. Les premières années, je ne venais jamais, ça m’a pris deux ans et demi pour finir ma troisième secondaire. Mais là, je me suis reprise en main. Depuis un an, je viens tous les jours. »

 

À la pause, les filles se retrouvent à la cafétéria en petits groupes pour manger empanadas, barres tendres et yogourts. Certaines montent au deuxième allaiter leur progéniture.

 

Sur le divan, Mélissa, 15 ans, frotte son petit bedon. « Je n’étais pas retournée à l’école en septembre, parce que je trouvais ça gênant et que je n’avais pas envie d’entendre les commentaires des gens sur le fait que je suis trop jeune pour avoir un enfant. La conseillère de l’école m’a appelée et m’a parlé de cette école. Ici, il n’y a pas de jugement, ça facilite les choses. »

 

Psychologie de l’enfant

 

En plus du cursus ordinaire, les étudiantes de Rosalie-Jetté ont des cours de cuisine, des cours prénataux, postnataux et des classes de psychologie de l’enfant pour développer leurs compétences parentales.

 

Nathalie s’installe tout en avant dans la classe de Mireille. Aujourd’hui, les étudiantes entament un projet particulier. Elles doivent faire un portrait de leur enfant et comparer son développement au stade auquel il devrait être rendu pour son âge.

 

« Attention, je ne veux pas que vous capotiez si votre enfant ne fait pas tout ce qu’il doit faire à cet âge-là ; c’est une mise au point qui doit servir de repère, rien de plus », prévient la professeure.

 

Avec humour et sensibilité, elle répond à toutes les questions, rappelle que les tapes sur les mains et les coups de bâton ne sont pas des techniques de discipline appropriées et donne des petits trucs pour structurer les jeunes mères.

 

« Je parle à des adolescentes, il faut toujours garder ça en tête, même si leurs questions sont souvent celles de n’importe quelle nouvelle mère, explique-t-elle. On a établi un lien de confiance qui est fort, elles se confient facilement parce qu’elles savent qu’on ne va pas les juger, on ne va pas leur dire qu’elles sont de mauvaises mères. »

 

Défis

 

Pour la directrice de l’école, Annick Houle, le défi, c’est d’amener les jeunes mères à s’investir dans leurs études malgré les nuits d’insomnie et des situations personnelles parfois difficiles.

 

« Il faut prendre en considération les besoins particuliers de chaque fille, résume-t-elle. Plusieurs des filles ont des vies complexes. On doit composer avec la pauvreté, plusieurs filles ont de la misère à se nourrir et à nourrir le bébé. Certaines ont des problèmes personnels ou vivent de la violence conjugale. Et souvent, elles sont isolées. Ici, elles peuvent parler de ce qu’elles vivent et elles sont écoutées. »

 

Si tout va bien, Nathalie aura son diplôme d’études secondaires en juin prochain. Avec l’aide des intervenants de l’école, elle se magasine un cégep pour poursuivre ses études en comptabilité.

 

« Je n’ai pas besoin d’aller dans un grand cégep. Pour moi, ce qui importe plus, c’est d’aller chercher des services comme une halte-garderie. Pour moi, maintenant, c’est ça, le principal. »

Voir également:

  • Concilier travail et études
  • Maternité : sur la voie de la conciliation
  • L’argent ou la maternité?
  • Le quart des élèves du secondaire ignorent s’ils poursuivront leurs études

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